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19 janvier 2006
Les pétrolières sont prises à partie dans le delta du Niger
La population s'inquiète du déploiement en force de l'armée
AFP
Édition du jeudi 19 janvier 2006
Mots clés : Niger (pays), Gouvernement, Forces armées, pétrole
Warri -- L'armée nigériane menait hier des opérations de plus en plus importantes dans la zone pétrolière du delta du Niger, pour retrouver quatre expatriés pris en otages il y a une semaine par un groupe armé. Les otages travaillent pour deux compagnies sous-traitantes du géant pétrolier anglo-néerlandais Shell. Ce déploiement de forces gouvernementales inquiète la population, notamment à Warri, la capitale de l'État de Delta.
Mardi, le président Olusegun Obasanjo s'est impliqué personnellement dans la crise en tenant à Abuja une réunion de crise avec les responsables de la sécurité nationale et les gouverneurs des États de cette région pétrolière vitale pour le Nigeria, sixième exportateur mondial de brut (2,5 bpj en moyenne).
M. Obasanjo a créé un comité «chargé de la libération dans les plus brefs délais» des hommes détenus par des militants de l'ethnie Ijaw.
Un groupe séparatiste jusque-là inconnu, le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (MEDN), a revendiqué les dernières violences et la prise d'otages, affirmant pouvoir «détruire la capacité de production pétrolière du Nigeria». Il exige notamment la libération de deux leaders de la communauté Ijaw et le contrôle des ressources pétrolières du pays, premier producteur de brut d'Afrique. Cette richesse pétrolière n'empêche pas que l'immense majorité des Nigérians vit dans la pauvreté, de pêche et d'agriculture de subsistance. En l'occurrence, le pouvoir réagit à nouveau de façon militaire à l'état ancien de crise économique, sociale et environnementale qui prévaut dans les États du delta du Niger.
Les activités de Shell ont été fortement perturbées par les derniers événements. Outre la prise d'otages, un oléoduc a été attaqué, faisant perdre dans les premiers jours à Shell un total de 211 000 barils de brut quotidiens, soit plus de 8 % de la production du pays.
Dimanche, une autre installation de Shell à Benisede, bien que gardée par l'armée nigériane, a été attaquée. Cinq soldats ont été tués et neuf sont portés disparus, a déclaré hier un porte-parole militaire, tandis qu'un employé de Shell a également été tué.
À Warri, que des hélicoptères militaires survolent régulièrement, les habitants craignent que les dernières attaques plongent la région dans la violence comme en 2003. Des affrontements entre soldats et bandes d'ethnies rivales avaient alors fait des centaines de morts et des milliers de déplacés.
Le centre-ville porte les cicatrices de ces combats avec des carcasses d'immeubles calcinés, tandis qu'aux alentours de nombreux villages entre mangroves et champs pétroliers sont abandonnés.
«Ce conflit doit être résolu par le dialogue, non par des combats. Les choses se sont un peu améliorées ici, mais il n'y a toujours pas de travail. Tellement d'expatriés et de compagnies pétrolières sont partis», note Henry Imhanlenjaye, un patron de pêche Ijaw.
Les derniers événements ont causé un choc dans le delta, pourtant habitué à un climat larvé de violences entre forces de l'ordre, milices, gangs de pirates, qui tous les ans fait des centaines de morts.
Un autre groupe, la Brigade des martyrs, a annoncé qu'il faisait alliance avec le MEDN.
Dans un communiqué dont l'authenticité n'a pas été établie, ils appellent les populations du delta à résister aux «ennemis» : «le dirigeant pharaonique le général Olusegun Obasanjo, les compagnies pétrolières internationales et le régime d'anciens militaires au pouvoir».
11:49 Publié dans Énergie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


