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05 février 2006
Idées - Le saut de grenouille technologique
Alors que l’accroissement de la population dans les pays en voie de développement semble être un problème, il pourrait rapidement devenir un avantage stratégique. Richard Freeman soutient qu’à mesure que le nombre de diplômés en science et ingénierie augmentera dans ces pays, leur grand nombre compensera pour l’avantage qualitatif qu’ont leurs collègues des pays développés. Ceci pourrait faire pencher la balance des échanges économiques Nord-Sud.
Le modèle traditionnel des échanges économiques Nord-Sud postule que la région développée – le nord – possède une main-d’œuvre et des capacités de recherche et développement qui lui permet d’innover et de créer de nouveaux biens et services, alors que la région moins avancée – le sud – ne peut pas compétitionner dans ces domaines.
Le résultat est donc que le nord innoverait et produirait des nouveaux biens et services et les échangerait avec le sud, qui lui produit des biens et services plus anciens dû à la migration éventuelle de la technologie.
À partir du moment où les deux régions ont accès à la même technologie, la région du sud produit le bien ou service.
Les travailleurs sont mieux payés dans le nord que dans le sud parce que les travailleurs sont plus qualifiés et parce que le nord a un monopole sur les nouveaux produits.
Plus c’est gros, mieux c’est
Ceci était le modèle classique. Afin de saisir ce qui se produit dans la réalité de maintenant, il faut saisir des concepts nouveaux. Appelons-le un saut de grenouille technologique. Cet effet déplace l’avantage compétitif du nord vers le sud. Trois facteurs sont nécessaires afin d’avoir un saut de grenouille dans le secteur de la technologie. Premièrement, le pays en voie de développement doit avoir suffisamment de population pour avoir beaucoup de travailleurs spécialisés dans la science et le génie malgré le fait que le pays n’investit qu’une petite proportion de sa main-d’œuvre dans ces domaines.
I n’y a que deux pays qui auraient des populations suffisamment élevée, permettant de développer des populations de science et de génie plus élevées que les États-Unis : La Chine et l’Inde.
Ceci semble plausible en tant que généralisation. En effet, une compagnie ou un pays qui affecte 2000 ingénieurs à un projet vont probablement battre la compagnie ou le pays qui n’y aurait affecté que 1000.
L manière dont la recherche et le développement s’organisent va également déterminer la productivité. Les liens étroits entre les universités américaines et les entreprises – et le système bien rodé de compétition pour le financement de la recherche – donnerait aux États-Unis un avantage dans la production de recherche utile aux entreprises.
L’avantage de grands réservoirs de main-d’œuvre
Troisièmement, le sud a les compétences requises afin de développer des produits commerciaux de qualité – même si la grande majorité de la main d’œuvre du sud est moins qualifiée et que le sud n’ait pas d’infrastructures adéquates.
Encore, les pays les plus populeux sont capables de recruter de grands nombres de travailleurs dans un domaine spécifique et sont également capables de développer une infrastructure dans un domaine spécifique.
Dans ces conditions, un pays avec une grande population pourrait compétitionner dans des domaines de haute-technologie et faire exactement ce que le modèle classique d’échanges nord-sud prédisait que le sud ne pouvait faire – compétitionner dans les efforts de recherche et développement et l’innovation.
La quantité prime sur la qualité
Même si les pays en voie de développement avaient des scientifiques de moindre calibre, et avait une infrastructure réduisant la productivité des laboratoires, ils auraient des avantages en termes de coûts de recherche et développement, principalement à cause des salaires et de la maintenance.
La perte d’avantages compétitifs dans le domaine de la haute technologie aux mains de compétiteurs employant de la main d’œuvre à bas prix peut affecter un pays développé de manière significative.
Le pays développé pourrait avoir à réallouer les ressources vers des secteurs moins désirables, où l’avantage de productivité dû à la qualité des scientifiques et ingénieurs sera moins important. Les salaires et niveaux de vie resteraient élevés dans le pays développé à cause de sa main-d’œuvre qualifiée et de son infrastructure.
Mais le monopole de la création de nouveaux produits ou de l’innovation se déplacerait du pays développé vers le pays plus pauvre. L’ampleur de cette perte serait dépendante du nombre de gens employés dans le secteur de haute technologie et leurs alternatives d’emploi.
Choisir les bonnes cibles
Si le pays pauvre utilisait ses scientifiques et ingénieurs afin de prendre l’initiative dans l’exploration spatiale, ceci aurait peu d’impact sur l’économie du pays développé; le premier humain sur mars parlerait chinois ou Hindou au lieu de parler anglais.
Les étudiants intéressés par l’exploration spatiale pourraient se déplacer vers les pays plus pauvres pour être à la fine pointe de la technologie spatiale, et certaines universités fermeraient certains départements, mais les effets économiques seraient limités à ce domaine.
Inverser la situation
Considérons maintenant ce qui se produirait si le pays pauvre déployait ses scientifiques afin de prendre l’initiative mondiale dans des secteurs qui emploient de grands nombres de gens et qui auraient un impact significatif à travers l’économie. Dans ce cas, les pertes économiques dans le pays développé pourraient être significatives.
Ces pertes seraient plus importantes que ce qui se produirait si le pays développé perdait son avantage technologique à un compétiteur développé à cause que les salaires auraient à diminuer beaucoup afin de rendre un autre secteur compétitif avec le compétiteur du pays pauvre.
À l’extrême, si la seule raison justifiant le fait que les travailleurs du nord soient mieux payés que ceux du sud était que le nord avait un monopole sur l’innovation de nouveaux produits, le sud pourrait devenir le nord et le nord deviendrait le sud, inversant les niveaux relatifs de salaires.
La technologie serait comme une mine d’or, et le pays qui possèderait la mine serait plus riche que les autres.
Un gain pour les consommateurs américains
Est-ce que la perte de l’avantage technologique aux mains d’un pays pauvre endommage automatiquement un pays développé?
Certains auteurs supportent la théorie voulant que la perte de la supériorité technologique dans un secteur spécifique aux mains d’un pays pauvre puisse bénéficier aux consommateurs américains. Ceci forcerait le pays pauvre à produire les biens et services à bas prix. Ce phénomène a été observé dans la production d’ordinateurs.
Une défaite pour les compagnies américaines
Mais malgré le bénéfice apparent aux consommateurs, la perte de supériorité technologique pourrait être désastreuse pour les compagnies et travailleurs américains.
Comment est-ce que l’influx d’immigrants hautement qualifiés pourrait affecter le processus? Les immigrants hautement qualifiés pourraient aider le pays à garder une avance dans les domaines dans lesquels ils travaillent et en conséquence pourraient aider le pays.
Le modèle de saut de grenouille dans les ressources humaines prédit que la supériorité technologique des États-Unis s’érodera à mesure que les pays en voie de développement augmenteront leur main-d’œuvre formée en science et ingénierie et que les multinationales se déplacent où la main-d’œuvre est moins dispendieuse.
Aide globale?
Ceci pourrait être potentiellement bon pour le monde, puisque la diffusion de haute technologie vers les pays pauvres pourrait augmenter les revenus des pays pauvres.
L’augmentation du nombre de scientifiques et ingénieurs pourrait stimuler la croissance de la connaissance scientifique et technique, et pourrait en conséquence accroître le taux d’accroissement de la connaissance technique.
Mais les États-Unis pourraient également faire face à des difficultés économiques lors de l’érosion de sa supériorité technologique. Ce qui est bon pour le monde n’est pas nécessairement bon pour les États-Unis
Un gain?
Les grands gagnants de la dispersion de la technologie seraient les travailleurs des pays pauvres, ainsi que les compagnies qui les emploient, incluant de nombreuses multinationales américaines.
Source: Theglobalist.com - 5 sept. 2005
-= Note =-
La principale raison derrière la mondialisation est le profit.
En effet, la mondialisation n'a pas réellement comme objectif de réduire la pauvreté dans les pays dans lesquels elle arrive à s'implanter, sinon ceci signifierait une réduction du niveau de vie dans les pays développés. En effet, les ressources étant limitées, tout est dans la redistribution de celles-ci. Initialement, la mondialisation avait pour but de saisir les ressources des pays pauvres à bas prix, comme nous faisons encore à ce jour (babanes, café, ananas, cuivre, etc). Ensuite, le mouvement s'est mis à produire des biens de faible qualité à des prix dérisoires (ballons de soccer, t-shirts, vêtements, etc). Le mouvement ne s'est pas terminé là, il y avait plus à extraire de ces pays.
La stratégie a ensuite été d'aller dans des pays pauvres, mais avec un niveau moyen d'éducation, et de les arroser avec de l'argent, la technologie, etc. Ceci a été fait initialement dans le domaine de la haute technologie, les ordinateurs et l'électronique. Les compagnies occidentales ont donc donné leur avantage compétitif aux pays pauvres, ont investi des centaines de milliards afin de développer le personnel et les infrastructures de production. Les compagnies avaient tout avantage à faire de même puisque le personnel ne coûtait pas cher, les matériaux étaient pratiquement donnés, les pays n'avaient pas de loi sur la protection des travailleurs, aucune loi sur l'environnement.
Voyant que leurs pays attiraient des investissements colossaux de multinationales, la Chine et l'Inde se sont mis à produire des sicentifiques et ingénieurs de manière très importante afin de répondre à la demande.
L'occident ne peut pas se plaindre du dragon chinois maintenant si menaçant; il s'en est servi pendant des décennies, l'a nourri, rencorcé et maltraité à la fois.
Maintenant la Chine et l'Inde ont acquis la connaissance et la richesse suffisante pour se défaire des liens des multinationales et compétitionner dans tous les domaines possibles et imaginables. La fermeture massive des papetières au Canada devrait servir d'avertissement.
Les seuls facteurs qui pourraient renverser la mondialisation seraient le protectionnisme, une guerre mondiale ou une crise énergétique. En effet, une crise énergétique pousserait probablement faire passer l'économie mondiale d'un stade de croissance débridée à un stade où les états se replient sur eux-mêmes et tentent d'assurer leur subsistance. Le futur risque d'être intéressant.
02:25 Publié dans Économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Information et relations internationales


