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06 février 2006
Point de vue: Géopolitique et limites à la croissance
Il devient clair que les années suivant la guerre froide furent un intermède entre deux conflits. Cependant, avec la fin des querelles idéologiques, d'anciennes sources de rivalités et d'hostilité ont ré-émergé. Dans le livre "Al Qaeda and What It Means to be Modern", John Gray expose l'effet potentiellement explosif de la compétition pour les ressources sur les conflits mondiaux existants.
La théorie économique derrière l'économie de marché rejette d'amblée l'idée même de la possibilité qu'une ressource viennent à manquer.
Des réserves infinies
Selon cette théorie, si la demande excède l'offre pour une raison quelconque, le prix des ressources augmentera. Le résultat de cette augmentation de prix serait que de nouvelles ressources seront découvertes - ou des alternatives technologiques seront développées.
Dans cette perspective, tant que le marché domine et que l'innovation technologique continue, la croissance économique ne pourrait pas être étouffée par la rareté des ressources. Les ressources naturelles seraient pratiquement infinies.
L'idée que l'ingéniosité humaine puisse triompher de la rareté des ressources naturelles n'est pas nouvelle. Les positivistes croyaient que l'industrialisation pourrait permettre aux humains de conquérir la rareté.
L'industrialisme comme source d'abondance?
Un autre adhérent à cette croyance était Karl Marx - Le philosophe reconnu pour avoir articulé la notion de communisme - imaginait que l'industrialisme pourrait faire germer une condition d'abondance dans laquelle les notions de marché et d'état deviendraient désuètes. Avant Marx, la croyance que l'ingéniosité humaine pourrait triompher de la rareté des ressources était confinée à la pensée utopiste.
Rêves de limonade
Par exemple, Charles Fourier - le philosophe utopiste du début du 19ème siècle - aurait cru qu'il serait possible de transformer les océans en limonade.
Son idée n'était pas beaucoup plus tirée par les cheveux que celles des économistes de l'économie de marché du 20ème siècle. Comme les marxistes, les néolibéraux croyaient qu'avec le triomphe de l'industrialisation, il n'y aurait plus de guerres de rareté.
Dans ce sens, les néolibéraux auraient adopté les aspects les plus faibles de la pensée marxiste. Ils auraient émulé son déterminisme historique mais sans pour autant verser dans sa vision de conflit historique.
Capitalisme survolté
Karl Marx savait que le capitalisme était fondamentalement instable. En contraste avec cette vision, ses adeptes américains croyaient que le capitalisme avait établi un équilibre qui pourrait durer éternellement.
Marx avait perçu que le capitalisme détruisait tranquillement la vie des bourgeois, alors que ses disciples étaient certains que la vie de bourgeois serait bientôt universelle.
Dans tous les cas, la vision mondiale sub-marxienne, néolibérale qui a influencé les politiques américaines dans les années '90 ne pouvait pas durer. Bien avant les attaques du 11 septembre, les États-Unis avaient commencé à perdre intérêt dans la mondialisation.
Plus tard, lorsque le Président Bush imposa des tarifs douaniers sur l'acier et les aliments, de nombreux analystes comprirent que le soutien à l'économie de marché n'était plus une priorité. Il ne serait alors plus qu'une question de temps avant que les États-Unis envoient promener l'Organisation Mondiale du Commerce.
Dans un tel cas, les échanges commerciaux reviendraient à un mode bilatéral de négociations entre les gouvernements. Le système international redeviendrait une société d'états souverains.
Le mythe des ressources infinies
Dans les années 1970, ce fut le Club de Rome qui aurait avancé l'idée que des ressources naturelles en quantités finies ne pourraient pas supporter une augmentation exponentielle de la population et de la production. Malgré ses conclusions impressionnantes, son rapport n'ébranla nullement la croyance que les sociétés industrielles avaient trouvé le secret de la croissance perpétuelle.
L'histoire fit mentir les économistes. Déjà en 1990, la rareté des ressources naturelles était devenue une source majeure de conflits. La Guerre du Golfe aurait été déclarée afin d'éviter que le pétrole koweïtien et saoudien échappe aux mains occidentales. Une décennie après, le contrôle des ressources énergétiques domine la pensée stratégique.
Les limites de la croissance n'ont pas disparu, elles sont revenues sous forme de géopolitique.
Les guerres du 21ème siècle seront des guerres de ressources. Ces guerres risquent d'être d'autant plus sévères qu'un bon nombre d'entre elles sont entremêlées avec des tensions religieuses et ethniques.
N'oublions pas que les rivalités pour les ressources naturelles ont joué un rôle central dans les conflits du 20ème siècle. L'accès aux réserves de pétrole eut une influence significative sur le déroulement de la deuxième guerre mondiale.
Un embargo américain sur les importations japonaises de pétrole fut un facteur déterminant dans la décision du gouvernement japonais d'entrer en guerre. L'idée de la saisie des champs pétrolifères soviétiques fut également un facteur déterminant dans la décision d'envahir la Russie en 1941.
Si on se fie à l'histoire, le 21ème siècle sera ponctué de guerres touchant aux ressources pétrolières.
Au-delà des rivalités pour les ressources naturelles, on peut constater l'augmentation de la population mondiale. L'augmentation de la croissance de la population à l'échelle planétaire augmente l'impact que les humains exercent sur l'environnement. Le résultat est une augmentation des tensions géopolitiques.
Lorsque les ressources essentielles à la vie sont en jeu, les humains n'attendront pas les innovations technologiques ou une action du marché, ils demanderont - et obtiendront - des actions politiques.
Nous devons nous rappeler que le contrôle des prix est une créature dépendante du pouvoir de l'état. Le contrôle ne fonctionne effectivement qu'aussi longtemps que l'état est intact. Lorsque le manque de ressources devient une menace à la subsistance, le système de fixation des prix par le marché se volatilise. L'état devient un instrument de rationnement et de conquête.
L'augmentation de l'insuffisance des ressources pourrait être dangereuse, même si le climat mondial était stable. Cependant, ce dernier devient de plus en plus instable. Les risques géopolitiques de l'insuffisance des ressources semblent aggravés par les changements climatiques.
Conséquences naturelles
Dans le siècle actuel, les changements climatiques pourraient devenir une des sources majeures de conflits géopolitiques. Dans certaines régions, il signifierait une désertification; dans d'autres des inondations. La production alimentaire pourrait être perturbée.
Ultimement, la mondialisation implorera la dé-mondialisation (ou re-régionalisation)
En intensifiant la compétition pour les ressources naturelles et la dissémination d'armes autour du monde, la propagation de nouvelles technologies à l'échelle globale amplifie certains des conflits humains les plus dangereux.
Les utopistes néolibéraux s'attendaient à ce que la mondialisation transforme le monde en républiques libérales, reliées entre elles par la paix et le commerce.
Il semblerait que l'histoire réponde avec une augmentation de la guerre et de la tyrannie.
Source: Theglobalist.com - 17 Mars 2004
16:45 Publié dans Énergie , Environnement , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique


