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07 février 2006
Idées: La crise d'autorité de l'Islam
Contrairement au Catholicisme qui a le Vatican et un Pape, l'Islam n'a pas de pouvoir central. M. Richard Bulliet, auteur du livre "The Case for Islamo-Christian Civilization" explique que cette absence d'autorité centrale dans l'Islam ne fait qu'accentuer le désir des croyants de s'adresser aux différents leaders et institutions qui revendiquent un tel rôle.
Pour de nombreux fidèles, l'imam de la mosquée locale a toujours le dernier mot alors que d'autres suivent les conseils glanés de pamphlets, magazines, évangélistes ou même de sites web.
Pour chaque personne qui croit qu'un représentant religieux devrait être nommé par le gouvernement il y a en a une autre qui croit que tous les représentants gouvernementaux sont vendus au régime.
Les gourous disent à leurs fidèles quoi penser, alors que les intellectuels réclament la dissolution de tous les groupes et sectes. La résolution de cette crise autoritaire pourrait prendre des générations. Après tout, l'évolution du contexte socio-religieux a tendance à prendre des décennies.
Depuis la mort du Prophète Mohamed, les musulmans désireux de savoir ce qu'on attendait d'eux sur le plan religieux ont évité de regarder du côté du gouvernement. Ils ont à la place adopté les pratiques de leurs communautés locales, transmises de génération en génération sous forme orale ou écrite.
Une autre alternative était de demander conseil auprès d'érudits religieux. Cependant, les institutions politiques ont toujours eu une influence limitée sur ces sources de conseils.
La diversité caractérise chaque tradition religieuse, mais la diversité semble particulièrement présente dans l'Islam. Ceci ne signifie pas pour autant que les individus considèrent leur foi comme étant marquée par une grande diversité.
Au contraire, l'incertitude concernant ce qui est l'autorité peut favoriser l'adhérence à des pratiques et croyances que des communautés spécifiques considèrent comme la vraie forme de l'Islam. Lorsqu'il n'y a pas d'église agissant comme gardien de la foi, la responsabilité retombe sur les croyants.
Par le passé, l'absence de contacts entre l'Islam et les cours de justice dans de nombreuses régions a poussé certaines communautés à adopter des interprétations de l'Islam qui divergeaient significativement de la norme "légale".
Deux facteurs ont changé depuis cette époque: 1- la rapidité avec laquelle les communications sont effectuées, 2- la disparition de la légitimité des institutions conférant une certaine autorité religieuse.
Mondialisation de l'Islam
Pour la première fois dans l'histoire, des musulmans de tous pays et conditions - un pasteur de Harlem, un terroriste de Mombasa, un leader politique à Kuala Lumpur, une féministe à Marrakesh - peuvent s'adresser à une vaste audience aussi facilement que les autorités traditionnelles comme le Shaikh al-Azhar au Caire, un ayatollah à Najaf ou un mufti à Riad.
De plus, la dissolution des anciens empires par les régimes modernes du 19ème et 20ème siècle, en plus de la création de programmes d'alphabétisation de masse ont poussé de nombreux musulmans se situant aux frontières de ces régions à croire qu'ils étaient libres de choisir quel type d'Islam s'adaptait le mieux aux circonstances.
Les musulmans plus conservateurs déclarent que l'Islam ne peut être défini que par des qadis, muftis et ulama officiellement reconnus. Mais d'autres affirment que l'Islam est ce qu'eux et leurs amis croient qu'il puisse être sur la base des enseignements de la personne qu'ils trouvent la plus convaincante. Un libre-marché des croyances religieuses est quelque chose qui a du bon et du mauvais.
La solution à cette crise d'autorité dépendra moins des idées que des institutions, et en particulier sur des institutions qui convainquent une importante partie de la communauté musulmane qu'un semblant d'ordre spirituel a été rétabli.
Les gens qui se tournent vers la religion pour "s'alimenter" spirituellement et moralement, et qui chérissent le confort de vivre dans une communauté religieuse qui offre du soutien, préfèrent l'assurance d'un débat menant à la délimitation du sentier à suivre. En ce moment, il y a de nombreux sentiers, mais peu d'assurance sur celui qui devrait être suivi.
Malgré le fait que certains étudiants de la république islamique d'Iran considèrent comme un échec monumental les efforts de combinaison du gouvernement avec la religion, d'autres croient que ce fut une expérience fascinante d'implémentation de la démocratie dans un état islamique.
Le futur pour les Musulmans
La plupart des gens admettent qu'il y eut un problème majeur lorsque vint le temps d'institutionnaliser l'autorité religieuse dans la personne du "juriste religieux gouvernemental", connu sous le nom de yali faqih. À date, aucun parallèle n'est apparu dans le monde Sunnite.
La perte de confiance généralisée dans les anciennes institutions et traditions a résulté en la déclarations de centaines d'actes de jihad sous forme de fatwas, aussi connues sous le nom d'opinions légales, mais sans fournir de moyens permettant de déterminer lesquelles d'entre elles devaient être suivies.
De plus, de nombreuses nouvelles déclarations ont été faites par des individus dont la crédibilité religieuse serait douteuse tout au moins. En conséquence, de nombreux musulmans savent de moins en moins où se situe l'autorité.
L'histoire nous dit que l'Islam sunnite ne continuera pas indéfiniment à se désintégrer structurellement au niveau de sa structure autoritaire. Les problèmes sont clairs pour les sunnites et les chiites: de nouveaux moyens doivent être trouvés afin de conférer une légitimité aux autorités religieuses. Les croyants doivent être persuadés de suivre ces nouveaux leaders.
Source: theglobalist.com - 7 Fév. 2006
21:01 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique


