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09 février 2006
Idées: Les socio-démocrates européens, la solidarité et l'immigration musulmane
Echo-Actu présente une idée par Wouter Bos concernant l'immigration et la solidarité. Nous espérons que sous apprécierez!
Les partis socio-démocrates européens ont une longue tradition de promotion de l'immigration et de la diversité. Mais est-ce que l'Europe serait en train de faire face à de nouvelles réalités qui rendent difficile la défense de ces croyances? Wouter Bos, leader du parti Dutch Labour Party affirme que le problème de l'immigration doit être adressé - et il contredit des affirmations comme quoi les migrations alimente le terrorisme.
J'aimerais prendre quelques instants afin de partager certaines de mes idées sur les difficultés de l'immigration et de la diversité. Ne savons-nous pas tous que si les politiciens - et j'en suis un - décrit quelque chose comme un "défi", ceci signifie que nous avons un problème? Un gros problème?
Eh bien, nous avons un problème - et nous avons besoin d'un plan afin de le résoudre. Mais je me demande réellement si les partis sociaux-démocrates d'Europe ont réellement compris les enjeux.
Par exemple, dans la récente campagne électorale allemande, le problème ne fut même pas mentionné. Et je n'arrive pas à m'imaginer que l'Allemagne est le seul pays d'Europe n'ayant aucun problème avec les migrations et la gestion de la diversité.
De toute évidence, nous vivons en Europe. Nous n'adressons pas les défis de l'immigration et de la diversité. Nous renions nos problèmes et pointons seulement vers nos succès. De plus, cette attitude ne fait que nous rendre plus naïfs et moins réceptifs lorsque les choses tournent mal avec les migrations.
La migration et les problèmes de diversité
La même chose est vraie lorsque j'entends les socio-démocrates repousser les critiques sur le multiculturalisme en disant qu'il n'y a rien de nouveau du côté de la migration.
Ceci est également vrai pour une autre échappatoire que nous, les socio-démocrates aimons utiliser de manière à éviter d'adresser les problèmes de migration et de diversité. La migration est inévitable, disons-nous. Et nous ajoutons que nous allons avoir besoin de migrants afin de préserver la croissance économique. Oui, c'est vrai, mais ceci veut simplement dire qu'il est d'autant plus important de s'occuper des problèmes plus tôt que tard.
La solidarité, une valeur socio-démocrate clé
Je crois qu'une des valeurs clé que nous, socio-démocrates, devrions défendre est la solidarité. Et je suis convaincu que la solidarité est menacée par la migration et la diversité. Ceci ne veut pas dire que nous ne pouvons rien y faire; au contraire. Cependant, nous devons commencer par prendre conscience des frictions.
La solidarité n'est pas exclusivement une question d'altruisme. De nombreux sociologistes soutiennent que l'état providence n'est pas basé sur l'altruisme, mais sur l'intérêt personnel éclairé. Nous courrons tous les mêmes risques, alors nous sommes tout aussi mieux de nous assurer collectivement contre ces risques.
Nous n'aimons pas vivre dans des quartiers dans lesquels nous rencontrons beaucoup de mendiants et de gens sans abris. Nous n'aimons pas vivre dans des maisons qui sont régulièrement dévalisées par de jeunes vandales. Alors éduquons-les et donnons-leur plus d'opportunités dans la vie.
De toute évidence, la solidarité est mieux organisée et supportée dans les sociétés où les citoyens ont des intérêts communs et courent les mêmes risques. Et regardant de nombreuses études, nous pouvons conclure sont plus enclins à partager les risques s'ils se comprennent les uns les autres, s'identifient les uns aux autres - et réellement partagent des valeurs communes.
Prospérer à partir des intérêts et des valeurs communes
La solidarité prospère lorsque les gens partagent des intérêts et des valeurs communes. La tragédie, dans certaines sociétés européennes - et certainement les Pays-Bas - est que ces fondations de solidarité sont maintenant mises en péril par la migration et notre échec dans l'intégration des nouveaux arrivants dans nos sociétés.
Une société de plus en plus diversifiée réduit le support envers la solidarité. Une partie du problème est la perception que l'on ne partage plus les mêmes valeurs. Les citoyens payant leurs impôts pourraient très bien dire "Pourquoi est-ce que je devrais faire un effort pour des gens que je ne connais pas, ne connais pas ou qui font les choses d'une manière différente?"
Une perte d'intérêt commun
L'autre chose qui se produit dans une société comme les Pays-Bas est que la migration ne réduit pas seulement les valeurs communes - mais il semblerait qu'elle réduise le partage d'intérêts communs.
Dans la société hollandaise, les faits parlent d'eux-mêmes. Ce n'est plus vrai que nous courrons tous les mêmes risques. Par exemple, les migrants ou les gens venant d'autres pays ont beaucoup plus de chances d'être mal éduqués, malades ou finir avec un casier judiciaire.
Encore là, le résultat - si nous ne faisons rien - sera que la classe moyenne du pays se demandera "Est-ce que je paie des impôts pour moi-même - ou est-ce que je paye pour eux?"
C'est précisément pour cette raison que je suis convaincu que la migration illimitée et l'échec dans l'intégration sont de sérieuses menaces à la solidarité et au niveau de bien-être dont nous sommes si fiers en tant que socio-démocrates. La question ici n'est pas si nous sommes d'accord avec ce développement. Ceci est simplement relater des faits, et ce sont ces faits qui me préoccupent.
La solidarité se forme sur les choses que nous avons en commun
Mais il y a quelque chose que nous puissions faire. La réponse traditionnelle des socio-démocrates est de moraliser les autres et de tenter de les convaincre qu'il n'y a rien de mal à payer des impôts qui bénéficient aux autres.
Mais cette moralisation n'a jamais été suffisante. La solidarité a toujours requis une fondation de valeurs communes et d'intérêts communs. Si cette fondation est menacée, nous devons la rebâtir.
Les socio-démocrates de toute l'Europe n'ont pas été très aptes à attaquer ces problèmes. Mais ceci est dû au fait qu'ils avaient peur d'être accusés de racisme. Peut-être est-ce que c'est parce qu'ils avaient peur que la droite ne prenne le contrôle de la discussion et mette en danger l'idée même de combiner la diversité et la solidarité dans nos sociétés modernes.
Mais la peur est mauvaise conseillère. Laisser cette discussion aux conservateurs pourrait nous éviter d'avoir à faire des choix difficiles, mais ceci n'aiderait certainement pas les gens qui comptent sur nous - qu'ils soient des migrants ou non. Alors une réponse progressive est requise, et je crois qu'elle consiste en trois éléments.
Premièrement, nous devons nous adresser au problème de l'absence de valeurs culturelles communes, ce qui pourrait mettre en péril la volonté de la classe moyenne de payer pour la solidarité. Il serait donc nécessaire de développer plus de confiance mutuelle et de compréhension entre les différents groupes de notre société.
Mais encore plus important que ceci, ceux qui favorisent plus de migrations économiques vers les sociétés occidentales - et même ceux qui considèrent que c'est inévitable - ne seront crédibles politiquement que s'ils deviennent crédibles sur le contrat social.
Ceci requiert tous les citoyens d'accepter les libertés civiles - incluant la liberté d'expression - l'égalité des hommes des femmes, homosexuels et hétérosexuels, la séparation de l'église et de l'état, le principe de gouvernements démocratiques et le règne de la loi.
Ces principes fondamentaux ne sont, bien sûr, pas coulés dans le béton. Mais nous ne pourrons jamais défendre la migration si nous ne sommes pas de crédibles défenseurs des principes fondamentaux.
Un futur viable?
Deuxièmement, nous devons nous occuper de l'absence d'intérêts communs. Si nous sentons que nous partageons tous les mêmes risques dans la vie, il sera beaucoup plus aisé de trouver du support pour les programmes de support social.
Ceci requiert de se tourner vers un objectif d'émancipation et de développement de ceux qui traînent derrière - et luttent contre le racisme et la discrimination qui rendent leur parcours difficile.
Nous visons à avoir une société dans laquelle peu importe que vous soyez blanc ou noir, chrétien ou musulman, tout le monde est égal avec des possibilités similaires. Tout le monde aurait donc une chance dans la vie. Seulement alors verrons-nous des programmes sociaux qui sont financés par tout le monde, peu importe leur origine, et bénéficieront à tous, peu importe leur origine.
Troisièmement, nous devons réaliser combien ceci sera difficile à réaliser. L'intégration requiert un effort de tout le monde; ceux qui sont nés ici, ceux qui viennent juste d'arriver, ceux avec une culture occidentale et ceux avec une autre culture.
Un effort combiné
Un tel effort requiert la collaboration des employeurs, écoles, politiciens, leaders spirituels, journalistes, entreprises, etc. Chaque société a également des limites dans sa capacité d'absorber des nouveaux arrivants. L'intégration qui fonctionne réellement requiert une politique migratoire restrictive, parce que notre capacité de les intégrer et de les émanciper n'est pas illimitée.
Et ceci va requérir de la fermeté, de la fermeté de la part des nouveaux arrivants, ainsi que de la part de la société qui les adopte.
Comprendre nos limites
En conséquence, je crois qu'il est parfaitement possible de s'adresser aux problèmes qui arrivent avec le processus migratoire sans finir avec un gouvernement conservateur, populiste ou d'extrême droite.
Il faut donc défendre nos principes directeurs. Ceci requiert un processus d'émancipation, d'éducation et de lutte contre la discrimination. Ceci est quelque chose que les socio-démocrates ont fait au cours des siècles. Mais cela nous demande également de comprendre les limites de notre capacité à le faire, et probablement que nous, aux Pays-Bas, avons appris à la dure.
Je ne crois pas que ceci soit uniquement un problème hollandais. Comme je l'ai dit, je suis surpris qu'on n'ait pas vu de discussion politique en Allemagne sur le sujet. Je vois une attitude défensive sur ces sujets dans d'autres partis socio-démocrates en Europe. D'un autre côté, je vois également des socio-démocrates au Danemark, en Autriche développant des approches proactives et progressives afin de résoudre les problèmes.
Contrairement à ce qui a été présenté dans certains médias, le terrorisme aurait peu à faire avec l'échec du multiculturalisme. Ceci serait sous-estimer la nature de ce mouvement organisé.
Un futur ambitieux
Il est vital que tous les citoyens hollandais, musulmans et non-musulmans croient qu'ils sont représentés par le gouvernement hollandais et protégés par la police et les services secrets. Ceci requiert également un traitement égal pour tous les citoyens, peu importe la couleur de leur peau ou leur religion, par les services gouvernementaux. C'est seulement à ce moment que tous les gens se sentiront protégés et représentés. Et c'est seulement à ce moment qu'il deviendra difficile pour des extrémistes de recruter des jeunes et d'exploiter les sentiments d'aliénation.
C'est pourquoi nous devons devenir plus ambitieux dans nos efforts d'intégrer les minorités ethniques et religieuses dans notre société - faire en sorte qu'ils fassent partie du "nous" qui s'unit pour combattre le "eux" qui menacent nos valeurs premières.
Source: Theglobalist.com - 9 Décembre 2005
00:25 Publié dans Économie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Information et relations internationales


