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26 février 2006
Analyse: L'hyper-espionnage de la NSA: Le programme de la Total Information Awareness
Un programme anti-terroriste controversé qui aurait été arrêté par les politiciens américains il y a plus de deux ans à cause de plaintes de groupes de défense de la vie privée n'aurait été arrêté que sur papier. En effet, le programme aurait tranquillement continué à l'intérieur de l'agence de renseignements secrets et ferait maintenant face à des accusations de violation de la vie privée des citoyens américains.
Les projets de recherche conduits sous le parapluie du programme Total Information Awareness (TIA) auraient développé des technologies servant à prédire les attaques terroristes en examinant les bases de données gouvernementales ainsi que les fichiers des citoyens des États-Unis. Cependant, suite à l'ordre fédéral de cessser les activités, le programme aurait été déplacé du programme de recherche et développement du Pentagone vers un autre groupe qui développe de nouvelles technologies, principalement pour la National Security Agency selon des documents obtenus par National Journal et des sources familières avec le transfert. Les noms des projets-clé auraient été changés afin de les dissimuler, mais leur financement serait demeuré inchagé - souvent sous les mêmes contrats.
Il n'est plus un secret qu'une partie du Total Information Awareness (TIA) project ait vécu derrière le voile de budgets des services de renseignements. Cependant, les projets qui auraient été transférés, leurs nouveaux noms de code ainsi que les agences qui les hébergeraient maintenant n'ont pas jusqu'à ce jour été révélés.
Deux des plus composants centraux du programme TIA auraient été déplacés vers le Advanced Research and Development Activity (ARDA), situé au quartier général de la National Security Agency (NSA) à Fort Meade, Maryland. Un des composants était le Information Awareness Prototype System - l'architecture centrale qui reliait ensemble de nombreux systèmes d'extraction, d'analyse et de dissémination de données développés par le TIA. Le système prototype contenait des mécanismes de protection de la vie privée qui auraient pu être enlevés ou modifiés suite au trasfert à l'ARDA.
Basketball chez Hicks
Un contrat de $19 millions afin de bâtir un système prototype aurait été accordé à la fin de 2002 à Hicks & Associates, une firme de consultants de Arlington, Virginie, qui est dirigée par d'anciens officiels de la défense américaine. La décision du Congrès de retirer le financement au TIA à la fin de 2003 "aurait causé une bonne dose d'incertitude pour nous tous et le futur de notre travail" aurait déclaré Brian Sharkey, président de Hichs & Associates. "Heureusement" continue Sharkey, "un nouveau commanditaire s'est présenté et nous a permis de continuer notre travail". Des sources confirment que ce nouveau commanditaire aurait été l'ARDA. Le nouveau commanditaire demanda de renommer tous les projets. "Nous devions décrire notre travail en tant que "basketball"" déclare Sharkey, ne donnant aucun détail sur la signification du nom.
Sharkey aurait joué un rôle-clé dans la naissance du projet TIA alors que lui et un ami, le Vice Amiral John Poindexter - le conseiller à la sécurité nationale de l'ancien président Reagan - ait présenté l'idée aux officiels militaires peu après les attaques du 11 septembre 2001. Les hommes avaient déjà collaboré sur des projets technologiques visant l'analyse de renseignements pour la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), qui aurait accepté d'héberger la TIA et aurait engagé Poindexter comme responsable du projet en 2002. En août 2002, Poindexter fut forcé de démissionner en tant que chef du TIA après un vent de protestation ait argumenté que son role dans le scandale Iran-Contra dans les années 1980s l'ait rendu inapte à gérer un programme de renseignement secrets.
Il n'est pas clair si le travail sur Basketball est toujours en cours. Sharkey ne répondit pas aux requêtes d'entrevues et Poindexter aurait déclaré qu'il n'avait rien à dire sur l'ancien programme TIA. Cependant, un document public du département de la défense révélant de nombreuses "ententes et transactions coopératives" dans l'année fiscale 2004 indique que Basketball était complètement financé au moins jusqu'à la fin de l'année (Septembre 2004). Le document montre que le système était en période de test dans un centre de recherche opéré conjointement entre l'ARDA et SAIC Corp., un contracteur majeur dans le domaine de la défense et les renseignements secrets. SAIC Corp est le seul propriétaire de Hicks & Associates.
Le document décrit également Basketball comme un "système en circuit fermé pour la prédiction d'événements et la prise de décisions", exactement les mêmes termes employés dans les documents contractuels pour le système du prototype TIA au moment où il aurait été attribué à Hicks & Associates en 2002. Un porte-parole de SAIC aurait refusé de commenter sur le sujet.
Genoa II
Un autre projet-clé du TIA qui aurait été tarnsféré au ARDA était Genoa II, qui se serait concentré sur le développement de technologies de l'information visant à aider les analystes et les responsables politiques à anticiper et prévenir des attaques terroristes. Genoa II aurait été renommé Topsail lors de son transfert à l'ARDA selon les sources des services de renseignement (Le nom conserve sa signification marine puisque Genoa est un synonume pour la voile supérieure d'un navire, tout comme topsail).
Aussi tard qu'octobre 2005, SAIC reçut un contrat de $3.7 millions pour le projet Topsail. Selon un communiqué de presse gouvernemental annoncant le contrat, "L'objectif de Topsail est le développement d'un système aidant le processus décisionnel pour des équipes d'analystes et rédacteurs de politiques afin de les aider à anticiper et prévenir des menaces terroristes contre des intérêts américains". Les termes utilisés sont pratiquement identiques à ceux utilisés dans la description de Genoa II dans le contrat initial.
En février 2003, le Pentagone aurait songé à utiliser certaines des technologies développées par Genoa II au Army's Information Awareness Center à Fort Belvoir selon des documents budgétaires de la défense américaine. Le centre awareness fut un des premiers à tester les différents outils du TIA selon d'anciens employés. Un rapport du Pentagone au Congrès de 2003 montre que la base militaire faisait partie d'un large réseau d'agences de renseignements, incluant la National Security Agency (NSA), qui expérimenta les outils. Le centre hébergea aussi le programme Able Danger, qui fut mis sous enquête après que certains de ses membres auraient déclaré qu'il auraient utilisé les outils d'analyse de données et auraient découvert le nom et la photo du chef des opérations du 11 septembre - et ceci près d'un an avant les attaques.
Des outils développés sous le prédécesseur de Genoa II - que Sharkey géra également alors qu'il travaillait pour le département de la défense - furent utilisés lors de l'invasion de l'Afghanistan en tant que partie intégrante de la "guerre au terrorisme" selon des documents du département de la défense rendus publics. Aujourd'hui, par contre, l'avenir de Topsail est en danger. Un porte-parile de la Air Force Research Laboratory à Rome au New Jersey qui administre les contrats du projet, déclare qu'il est en train d'être annulé à cause du manque de financement".
Il n'est pas clar du moment où le financement de Topsail fut interrompu. Cependant, au début février 2006, lors d'audiences du Senate Intelligence Committee, un des opposants les plus farouches au TIA demanda si les officiels des services de renseignement étaient au courant que certains de leurs programmes avaient été transférés vers d'autres agences. Le sénateur Ron Wyden demanda au directeur du service de renseignement John Negroponte et le directeur du FBI Robert Mueller "s'il était juste que lorsque le TIA fut annulé, plusieurs projets furent transférés vers diverses agences de renseignement. Moi-même et d'autres sur ce comité furent les premiers à demander à ce que le TIA soit annulé; nous désirons savoir si les programmes de M. Poindexter sont réaffectés dans d'autres gences".
Negroponte et Mueller déclarèrent ne rien savoir. Cependant, l'adjoint de Negroponte, le général Michael V. Hayden, qui jusqu'à tout récemment était le directeur de la NSA aurait déclaré "J'aimerais répondre à la question lors d'audiences fermées".
La NSA est maintenant au centre d'un scandale politique sur le programme de l'administration Bush visant à mettre sous écoute les appels et courriels de gens aux États-Unis que l'agence croit connectés au terrorisme international. Alors que les documents du TIA ne montrent pas que leurs outils sont utilisés dans l'espionnage domestique, et que les sources du milieu du renseignement se taisent sur le sujet, les programmes du TIA furent conçus spéficiquement dans le but de développer un système de première alerte que la NSA est en train d'utiliser.
Les documents détaillant le TIA, Genoa II, Basketball et Topsail utilisent tous le terme "de première alerte" de manière répétitive pour décrire le but ultime des programmes. Lors de discours, M. Poindexter aurait décrit le TIA comme un système de première alerte et d'aide au processus décisionnel. Il aurait conçu TIA en partie à cause de sa frustration sur le manque d'outils adéquats lorsqu'il était chef de la sécurité nationale sous Reagan.
Tom Armour, le gestionnaire du programme Genoa II aurait refusé de commenter sur le sujet. Cependant, lors d'une entrevue passée, il aurait déclaré que l'ARDA - qui a absorbé les programmes du TIA - avait cherché à développer des technologies visant à analyser de grands volumes de conversations téléphoniquqes et courriels. "C'est là que l'intérêt est" aurait déclaré Armour. Lorsque le TIA était encore financé, ses gestionnaires et chercheurs avaient une "bonne coordination" avec leurs homologues de l'ARDA et auraient discuté de leurs projets sur une base régulière aurait déclaré Armour. L'ancier numéro deux du bureau de Poindexter, Robert Popp déclare que la NSA n'utilisa pas d'outils du TIA à des fins d'espionnage domestique. Cependant, lorsque questionnés ur la possibilité que la NSA ait utilisé les outils dans un cadre autre que le TIA, Popp aurait répondu "Je ne peux pas en parler". Lorsqu'ils furent interrogés sur le fait que des programmes du TIA aient pu être déplacé à l'ARDA, Don Weber, un porte-parole de la NSA aurait déclaré: "Je crois que vous comprenez que nous ne pouvons confirmer ou infirmer ou même nier l'existence de projets actuels, fictifs ou même nos capacité opératoires. En conséquence, nous n'avons rien à déclarer".
L'ARDA est elle-même en train de changer. L'organisme est en train d'être extrait de la NSA et placé sous le contrôle du bureau de Negroponté et reçevrait un nouveau nom. Il s'appellerait "Disruptive Technology Office", une référence à un terme artistique décrivant toute nouvelle invention qui remplace les procédures établies de manière soudaine et dramatique.
Source: Nationaljournal.com (lien) - 23 Fev. 2006
Source de l'image: computerbytesman.com
-= Note=-
Des programmes similaires sont en opération à travers le monde depuis des décennies. En fait, jusqu'au 11 septembre 2001, il était illégal dans pratiquement tous les pays occidentaux pour une agence gouvernementale d'espionner sur ses citoyens sans l'approbation d'un juge et une procédure assez longue. La solution fut une série d'ententes réciproques où les pays s'espionnent les uns les autres et partagent les informations récoltées. En conséquence, les États-Unis espionneraient les citoyens canadiens, et en contrepartie, le Canada espionnerait les citoyens américains, et les deux gouvernements partagent les informations.
Le plus gros programme de surveillance au monde. Voici un lien (Lien) mais il y a des dizaines d'autres sources sur le sujet. Échelon visait à intercepter TOUTE information transigeant entre les pays (et même des fois à l'intérieur du pays) avec un réseau de satellites, antennes, stations d'interceptions et même des connexions physiques sur des câbles de communication sous-marins (Lien anglais).
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