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06 mars 2006
Jusqu'où iront les religions contre la société civile et laïque
Les leaders religieux Sikh, à l'encontre des règles de base de la sécurité, refusent que leurs croyants portent le casque de sécurité règlementaire. Le casque de construction a, par le passé, sauvé plusieurs vies, mais l'interdiction d'enlever le turban chez les Sikh prédominerait sur toutes mesure de sécurité édicté par la loi déclarent les leaders religieux de la communauté Sikh Montréalaise. Fort d'un jugement de la cour suprême du Canada autorisant le port du kirpan (dague sacré de 15 centimètres) dans les écoles, les sikhs de Montréal sont prêts à retourner devant la justice si les autorités du Port de Montréal continuent à vouloir obliger les camionneurs de religion sikhe à porter un casque de sécurité sur les lieux de travail.
Après le kirpan, c'est maintenant la question du port du turban sikh qui pourrait bien se retrouver devant les tribunaux. Jusqu'où ira la poussée des "dimensions religieuses particulières" contre les lois civiles?
Charanjit Singh Padda, président du temple Guru Nanak Darbar, à Montréal, résume la situation : « :Un casque de sécurité, ils nous demandent de porter ça. Et comme vous savez, on ne peut pas enlever le turban. Alors c'est ça qui nous donne des problèmes au port ».
La semaine dernière, le jeune Gurbaj Singh Multani remportait sa cause devant la Cour suprême du Canada. Pour des raisons de liberté de religion, le plus haut tribunal du pays lui permettait de porter le kirpan à l'école. La commisssion scolaire où était inscrit le jeune sikh s'était opposée au port du couteau à l'école pour des raisons de sécurité.
Si la cause est portée devant les tribunaux, la cour devra donc trancher entre l'obligation d'avoir des lieux de travail sécuritaires et la liberté de porter des signes religieux.
Source: SRC
Note:
Il est évidemment que longtemps réprimé, le pouvoir religieux tente de reprendre le pavé dans le monde. Certaines religions réussissent mieux que d'autres. Si auparavant les sociétés devaient se protéger des sectes comme les Raëlien, les scientologues, etc. qui tentaient d'obtenir le statut de religion pour officialiser leur pratiques douteuses, ce sont aujourd'hui les religions traditionnelles qui tentent d'utiliser la brèches des droits individuels. Nous croyons qu'il faille être vigilant
Parce que ces propos rejoignent notre pensée, Echo-Actu reprend la lettre ouverte publié dans le Devoir d'aujourd'hui:
Mathieu Bock-Côté
Candidat à la maîtrise en sociologie, Université du Québec à Montréal
"De quelle manière considérer cette décision ? Il n'est probablement plus nécessaire de démontrer que la montée d'un pouvoir judiciaire perverti est de plus en plus objectivement contraire aux idéaux démocratiques dans nos sociétés, et spécialement dans la canadienne, ravagée idéologiquement par un chartisme qui accélère la désagrégation du pays sous la poussée des revendications identitaires.
Certainement, cette dimension est centrale, mais ne devrait-on pas pousser la critique plus loin, et bien voir de quelle manière cette décision, qui n'est pas contraire à la tendance lourde d'un certain progressisme identitaire qui se manifeste dans toutes les sociétés occidentales, annonce en fait certains problèmes fondamentaux auxquels elles ne pourront se soustraire, du moins, si elles n'entendent pas dévoyer une fois pour toutes l'idéal national et démocratique qui les fonde ?
La société des identités
La sociologie contemporaine s'intéresse de plus en plus au déploiement de la société des identités, cette communauté politique qui consent presque officiellement à sa propre dissolution tant elle peine à se reconnaître comme monde commun. Nos sociétés, et la québécoise, là-dessus, est peut-être en «avance» sur les autres, ne savent plus dire non, d'aucune manière, à toutes les revendications qui sont investies dans leur espace public, même lorsqu'elles sont explicitement contraires aux principes qui les fondent.
Plus rien n'est incompatible, ont dit pendant deux décennies nos élites cosmopolites et mondialisées, prises de peur à l'idée de ne pas paraître intégralement modernes. Elles avaient évidemment tort. À grande échelle, l'affaire des caricatures, dans les pays d'Europe, en aura donné l'exemple. Il n'est pas interdit de penser que l'affaire du kirpan relève, à l'échelle microscopique, de la même logique, que les deux phénomènes appartiennent à la même vague qui déferle idéologiquement sur l'Occident.
Le multiculturalisme est une dérive
Certains parlent des dérives du multiculturalisme. On commence enfin à comprendre que c'est le multiculturalisme lui-même qui est une dérive, d'abord selon l'idéal national, ensuite selon l'idéal démocratique, qui pratiquement, aujourd'hui, en sont venus à se confondre. Le journaliste français Éric Conan, dans un récent essai, parlait du devoir de ressemblance qui interpelle tous les membres d'une communauté politique. C'est probablement l'intuition féconde de notre époque. Non pas qu'il faille se fermer à toutes les différences, qui serait assez nigaud pour l'avancer ? Mais il faut cesser de penser qu'il faut s'ouvrir à toutes, inconsidérément, et qu'une société, pour être légitime, doit se convertir une fois pour toutes au pluralisme identitaire.
Toutes les différences ne sont pas possibles dans une communauté politique démocratique. Certaines contradictions sont de plus en plus manifestes, criantes, et il manque d'hommes politiques et d'intellectuels pour les exprimer dans le débat public. Entre le droit des femmes et certaines coutumes religieuses, comme on l'a vu récemment avec le problème des tribunaux islamiques en Ontario. Entre le droit des peuples à la préservation de leur identité nationale et un certain multiculturalisme qui prêche l'ouverture à toutes les différences sauf celles du majoritaire, spécialement d'une majorité nationale à l'occidentale, toujours suspecte de toutes les dérives, qu'elle soit américaine, française ou québécoise.
La France, avec sa courageuse et nécessaire Loi sur la laïcité, a probablement donné l'exemple, à partir de ses propres problèmes et de sa tradition spécifique, des mesures à prendre, dans l'avenir, pour restaurer la cohésion collective dans le domaine public. Car, de plus en plus, ce sera la question qui s'imposera à toutes les sociétés occidentales qui se disent évoluées : doivent-elles s'avancer plus loin dans la reconnaissance de toutes les différences qu'elles croient regrouper, ou doivent-elles plutôt chercher à mettre en avant ce qui les unit, ce qui leur donne une vraie cohésion collective.
Si elles font ce dernier choix, elles apprendront vite que des principes de droit ne sont pas suffisants, et elles devront fatalement se tourner vers la nation majoritaire sur laquelle elles sont fondées pour se rassembler substantiellement autour d'elle, en y trouvant de nombreuses raisons communes : ce qui ne sera pas sans conséquences très réelles pour un ensemble de domaines de la vie collective et pour la manière d'envisager leur avenir.
Une prise de conscience à faire
Il faut en appeler au plus vite à cette prise de conscience des vrais démocrates occidentaux, au Québec comme ailleurs, qui ne confondent plus le degré élevé d'ouverture dont une société libérale est capable avec le consentement résigné à certaines perspectives qui ne peuvent pas, malgré toutes les contorsions idéologiques possibles, s'y reconnaître.
Mais c'est surtout avec un certain terrorisme idéologique qu'il faut rompre, qui accuse nos sociétés de racisme, de xénophobie, dès qu'elles manifestent quelque velléité d'affirmation collective. C'est vrai sur la question du kirpan, où les accusations de racisme n'étaient jamais très loin de ceux qui considéraient les préoccupations populaires comme la simple expression d'un populisme malsain, peu évolué, et certainement contraire à la religion différentialiste des nouveaux curés progressistes qui ont toute la place dans le débat public. D'une certaine manière, cette décision de la Cour suprême, regrettable pour de nombreuses raisons, révèle au moins la brèche de plus en plus évidente entre nos institutions communes, malheureusement détournées de leurs finalités, et un peuple qui ne sait plus comment vraiment manifester ses désirs et ses préférences démocratiques.
On nous dira que notre avis n'est pas légitime, qu'il manifeste une mauvaise intention rétrograde qui voudrait «refermer notre société sur elle-même». Qu'importe. À tout le moins peut-on sérieusement avouer qu'il faudra déboulonner les totems pluralistes de la nouvelle religion multiculturelle.
Souhaitons qu'ils soient de plus en plus nombreux à choisir la démocratie plutôt qu'un pouvoir judiciaire détourné de ses finalités, et surtout, à ne plus avoir honte de plaider pour la cohésion nationale et sociale de nos démocraties. C'est probablement la priorité politique et idéologique des années à venir. "
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Commentaires
La cour suprême du Canada vient d'autoriser dans les collèges le port d'un poignard appelé "kirpan". Il parait que la tradition Sikh (une communauté de l'Inde), impose cette aimable tradition. Après vérification, il apparait que cette nouvelle n'est pas une plaisanterie, certains collégiens vont donc se ballader avec un poignard d'une vingtaine de centimètres de long (en-dessous, la tradition n'est pas respectée...), dans leur établissement. Alors, devant ce grand progrès dans le multiculturalisme, on ne peut que s'incliner... de peur de prendre un coup de poignard bien entendu. Avant, on jouait aux billes dans la cour de récré, mais je suis sans doute vieux jeu...
Ecrit par : Patrick EMIN | 12 mars 2006
La cour suprême canadien a ouvert la porte à d'autres dérives idenditaires car en effet cette décision va les encourager à aller plus loin. Il est important de rapeller qu'une société moderne -et libre- se doit d'être immuablement laïque. J'ai eu dans ma ville l'exemple d'une distribution gratuite de soupe mais qui l'était au porc; ce qui dérangait les pauvres dont la croyance interdit la consommation. Le préfet a décidé suite à la décision d'interdiction de cette distribution de la cour administrative de Paris de l'interdire. Certes l'association est critiquable pour sa partialité et ce choix controversé mais elle n'en faisait pas moins une activité de charité. C'est une forme légère d'un retour en arrière de la société laïque et libre.
Ecrit par : ildo | 23 janvier 2007


