« Iran: campé sur sa position | Page d'accueil | Mont-Orford: L'opposition s'organise »

13 mars 2006

"Développement du rêve" de Michel C. Auger

Echo-Actu dans sa revue de presse quotidienne est tombé sur un texte de Michel C. Auger du Journal de Montréal. Ce texte traite de trois dossiers Québécois chauds du moment dont Écho-Actu a récemment traité. Ce commentaire était brillant et d'une excellente synthèse. Nous avons donc décidé de reprendre ce texte et de le diffuser dans son intégralité.

"On dit souvent qu'il nous faudra changer de culture pour adopter celle du développement durable. Ce devrait être un des thèmes du discours inaugural de la nouvelle session de l'Assemblée nationale, demain.


Mais il est en train de se développer au Québec une culture bien plus dangereuse et qui est aux antipodes du développement durable. Appelons cela le «développement du rêve».

Voici comment ça se passe. Des gens bien branchés, appuyés par le milieu des affaires au sens large, proposent un projet qui serait réalisé avec l'argent des autres - celui des contribuables, évidemment - en sachant bien que, si cela devait tourner mal, ce serait la collectivité plutôt que les promoteurs qui devrait payer les pots cassés.

Ce n'est pas compliqué, il suffit de fonder le projet sur du rêve: sur des projections irréalistes voire même jovialistes en sachant que s'il y a des dépassements de coûts ou des déficits d'exploitation, le gouvernement viendra tout éponger.

On l'a vu dernièrement avec le projet du CHUM à Outremont, avec le déménagement du Casino et même avec la vente du centre de ski d'Orford. Trois beaux exemples de développement du rêve plutôt que durable.

Dans le cas du CHUM dans la cour de triage du CN à Outremont, le projet de l'Université de Montréal était appuyé par des voix très influentes du milieu des affaires.

Sauf qu'un examen un peu plus serré des projections en commission parlementaire a démontré qu'on avait commodément oublié ou minimisé toutes sortes de coûts, du déplacement des voies ferrées à la dépollution du terrain.

Dans les faits, la facture aurait pu passer du simple au double. Ce qui ne faisait pas une grosse différence pour les gens d'affaires qui appuyaient le projet: si ça tournait mal, ce ne serait pas leur argent, mais celui des contribuables, qui viendrait payer la note.

Le casino

Dans le cas du déménagement du Casino, on avait voulu enrober la pilule avec deux autres équipements dont la nécessité et la rentabilité étaient loin d'être démontrées, soit un centre de foires et une grande salle de spectacles.

Le centre de foires aurait eu toutes les chances d'être un éléphant blanc. On le voit juste avec le Palais des congrès, qui est aujourd'hui moins fréquenté qu'en 2002, quand il a doublé sa superficie.

Quant à la salle de spectacles, elle aurait, au mieux, attiré des spectacles actuellement présentés à la Place des Arts ou au Centre Bell. Personne n'a prouvé que sa construction générerait sa propre demande. Le risque de se retrouver avec un équipement dont le gouvernement devrait assumer les déficits d'exploitation était donc très élevé.

Encore une fois, s'il y avait tant de gens dans la communauté des affaires pour supporter un projet basé sur des prévisions proprement jovialistes, c'est parce qu'ils n'avaient pas à y investir leur propre argent.

Orford

Avec Orford, on a droit à une forme quelque peu différente de «développement du rêve». Cette fois, l'intervention gouvernementale consiste à donner quelque chose aux promoteurs dès le départ plutôt que d'assumer les déficits.

On va donc donner un bien public, une partie d'un parc national, à des promoteurs privés qui disent - sans que leur cadre financier ait été validé de quelque manière - que le seul moyen de rentabiliser un centre de ski est de bâtir des condos au pied de la montagne. Mais on sait bien que si les condos ne devaient pas se vendre, le gouvernement serait forcé de reprendre toute l'affaire d'une façon ou d'une autre, justement à cause de la proximité d'un parc national.

Dans tous ces projets, on a essayé de décrire les opposants - qu'ils soient des environnementalistes ou des groupes populaires - comme des idéologues, opposés en principe à toute forme de développement.

Il faudrait peut-être commencer à regarder du côté des promoteurs. Ceux qui vendent du rêve, en sachant qu'il sera financé par les contribuables plutôt qu'avec leur argent. "


Source: Canoe.

Note:

Une fois n'est pas coutume, nous avons repris l'intégral d'un texte publié dans un autre médias. Sans refonte, retouche et vérification. Le but n'était pas d'utiliser un texte dont le droit de propriété ne nous appartient pas, mais d'augmenter la diffussion d'un texte d'une rare pertinence.

13:30 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité

Ecrire un commentaire