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17 mars 2006

Le côté sombre de l'ascension de la Chine - Partie 1 de 4

medium_chine-parlement.3.jpgLe boom économique chinois a ébloui les investisseurs et captivé le monde entier. Cependant, au-delà des nouveaux gratte-ciel et des usines se trouve une corruption rampante, du gaspillage à grande échelle et une élite ayant peu d'intérêt à améliorer les choses. Oubliez les idées de réforme politique. Le futur de la Chine sera le délabrement et non pas la démocratie.

La seule chose qui grandit plus rapidement que la Chine est l'excitation à propos de la Chine. En janvier, le PIB de la Chine aurait excédé celui de la Grande-Bretagne et de la France, faisant de la Chine la quatrième puissance économique mondiale. En décembre, il aurait été annoncé que la Chine aurait remplacé les États-Unis en tant que plus gros exportateur de biens technologiques. De nombreux experts prédisent que l'économie chinoise ne sera surpassée que par les États-Unis en 2020, et la surpasser dès 2050.


Les investisseurs occidentaux apprécient les principes économiques fondamentaux de la Chine - notamment un haut taux d'épargne, un énorme bassin de main-d’œuvre et une forte éthique de travail. Les gens d'affaire déclarent que la Chine serait à la fois le plus grand manufacturier et le plus grand marché au monde. Les firmes d'investissement arpentent l'empire du milieu pour dénicher de nouvelles acquisitions profitables. Les compagnies Internet chinoises affichent des prix rappelant ceux des point-com sur le NASDAQ. Les plus grosses institutions financières au monde, incluant la Bank of America, Citibank et HSBC ont investi des milliards sur le futur financier du pays en acquérant des parts minoritaires dans les banques gouvernementales chinoises, même si bon nombre d'entre elles sont techniquement insolvables. À ne pas oublier, tous les géants de l'automobile ont déjà bâti ou sont en train de planifier la construction de nouvelles installations en Chine, malgré un marché saturé et de très faibles marges de profit.

Pourquoi ne devraient-ils pas croire en l'excitation générale? La croissance économique record de la Chine au cours des deux dernières décennies a fait mentir les pessimistes et montré aux optimistes qu'ils n'avaient pas été suffisamment optimistes. Mais avant de commencer à apprendre le chinois et s'émerveiller aux accomplissements du parti communiste chinois, nous devrions prendre une petite pause. Lorsque examinée de près, la Chine perd un peu de son lustre. La performance économique chinoise depuis 1979, par exemple, est actuellement moins impressionnante que celle de certains de ses voisins d'Asie de l'Est, comme le Japon, la Corée du Nord et Taiwan durant les mêmes périodes de croissance. Son système bancaire, qui coûte à Beijing environ 30 % de son Produit Intérieur Brut (PIB) en garanties gouvernementales est affligé par des prêts ne rapportant pas et serait probablement le système le plus fragile de l'Asie. La comparaison avec l'Inde est surprenante. Dans six secteurs industriels majeurs (de l'automobile aux télécommunications), de 1999 à 2003, les compagnies indiennes auraient donné des taux de retour sur l'investissement qui étaient de 80 à 200 % plus élevés que leurs homologues chinoises. Le sens commun sur les réformes économiques chinoises ignorent souvent des problèmes majeurs qui rendent toute prédiction de l'avenir de la Chine impossible.

Derrière les manchettes éblouissantes se cachent des faiblesses fondamentales enracinées dans l'état chinois néo-léniniste. Contrairement au Maoïsme, le néo-léninisme mélange le gouvernement à un seul parti, le contrôle étatique des secteurs-clé de l'économie avec des réformes partielles de l'économie et l'ouverture des marchés à l'économie mondiale. L'état Maoïste prônait l'égalité et se basait sur la loyauté des travailleurs et paysans. L'état néo-léniniste pratique l'élitisme, obtient son support des technocrates, l'armée, la police, et collabore avec de nouvelles élites sociales (professionnels et entrepreneurs privés) et le capital étranger - tous des principes vilifiés par le Maoisme. Le Néo-lénisme a rendu le parti communiste chinois plus résistant mais aurait également généré des forces auto-destructrices.

Aux yeux de la plupart des observateurs occidentaux, le succès économique de la Chine jette de l'ombre sur les tendances prédatrices de l'état Néo-léniniste. Cependant le type de politiques uniques à Beijing crée un mélange dangereux de capitalisme sauvage, de corruption à grande échelle et l'accentuation des inégalités. Les rêves voulant que la libéralisation économique du pays mène un jour à une réforme politique semblent de plus en plus distants. En effet, si la tendance se maintient, le système politique de la Chine risque plus de faire face à la ruine qu'à la démocratie. Il est vrai que les prouesses économiques chinoises ont donné un second souffle au parti communiste chinois. Cependant, les politiques adoptées par le parti afin de créer la croissance économique risquent de créer des maux politiques et sociaux qui menacent sa survie à long terme.

Commandement et Contrôle

Après un quart de siècle de réformes économiques graduelles, est-ce que la Chine a réussi à transformer son économie auparavant contrôlée par l'état en une vraie économie de marché? Ce succès n'est pas aussi apparent qu'il ne puisse paraître. Malgré le fait que la Chine soit une des premières économies socialistes à entreprendre des réformes sérieuses, des données récentes sur les lois, le commerce international, les politiques fiscales et la structure légale placent la Chine dans le dernier tiers des 127 pays scrutés vis-à-vis de la liberté économique, derrière la plupart des pays d'Europe de l'Est, l'Inde, le Mexique et tous ses voisins d'Asie de l'Est à part Burma et le Vietnam.

L'état chinois demeure profondément ancré dans l'économie. Selon les chiffres officiels de 2003, l'état comptait pour environ 38 % du Produit Intérieur Brut du pays et employait environ 85 millions de gens (environ le tiers de la main-d'oeuvre urbaine). Pour sa part, le secteur privé officiel en zone urbaine employait seulement 67 millions de gens. Un rapport de recherche rédigé par la firme financière UBS affirme que le secteur privé en Chine ne compterait que pour environ 30 % de l'économie. Ces chiffres sont époustouflants, même dans le contexte asiatique, où il y a une tradition d'implication de l'état dans l'économie. Les sociétés contrôlées par l'état dans la plupart des pays asiatiques contribuent pour environ 5 % du PIB. En Inde, un pays traditionnellement considéré comme socialiste, les sociétés étatiques ne génèreraient pas plus de 7 % du PIB.

Partie 2 de la série


Source: foreignpolicy.com - Mars/Avril (Lien)
Source de l'image: msnbcmedia.msn.com

11:40 Publié dans Dossier | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique

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