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24 mars 2006
Le côté sombre de l'ascension de la Chine - Partie 3 de 4
L'économie chinoise n'est pas simplement inefficace: elle est devenue une victime d'un capitalisme sauvage exhibant des caractéristiques chinoises - le mariage entre le pouvoir établi et l'accumulation illicite de richesses. Les secteurs les plus corrompus de la Chine, tels que la génération d'électricité, le tabac, les banques, les services financiers et les infrastructures sont tous des monopoles contrôlés par l'état. Rien de tout ceci n'est nouveau bien sûr. Par exemple, les magnats russes ont pillé les ressources naturelles de leur pays avec impunité. La Chine, au moins, a de réels entrepreneurs privés ayant bâti des compagnies prospères. Cependant, les magnats chinois connectés politiquement ont fait un carton du boom immobilier; près de la moitié des membres de la liste Forbes des 100 personnalités les plus riches de Chine en 2004 étaient des développeurs immobiliers.
De nombreux indicateurs combinés de différentes sources suggèrent du graissage de patte à grande échelle à l'intérieur de l'appareil étatique. Le nombre de cas impliquant de grosses sommes (supérieures à $6000) aurait pratiquement doublé entre 1992 et 2002, indiquant que plus de richesse serait détournée par des officiels corrompus. Le phénomène semble se propager vers les niveaux supérieurs de la hiérarchie, alors que de plus en plus d'officiels seniors deviennent impliqués. Le nombre d'officiels au niveau fédéral et plus haut aurait augmenté de 1386 cas en 1992 à 2925 en 2002.
Un optimiste pourrait croire que ces chiffres reflètent une plus grande sévérité de la loi plutôt qu'une corruption métastatique, mais les preuves semblent indiquer le contraire. Les officiels véreux ont peu de chances d'être sévèrement punis. En moyenne, 140 000 officiels du parti furent impliqués dans des scandales de corruption à chaque année dans les années 1990, et 5.6 % d'entre eux furent l'objet de poursuites criminelles. En 2004, 170 850 membres du parti furent impliqués, mais seulement 4915 (ou 2.9 %) d'entre eux furent l'objet de poursuites criminelles. La culture d'impunité semble florissante en Chine.
Le pire est que la corruption semble maintenant assumer des formes typiquement associées avec la décrépitude d'un gouvernement. Les cas de corruption impliquant un grand nombre d'officiels étaient rares par le passé. Maintenant, ces cas semblent fréquents. Les données régionales suggèrent que les grands réseaux de corruption organisée comptent maintenant pour 30 - 60 % de tous les cas de graissage de patte découverts par les autorités. Dans certains cas extrêmes, les gouvernements provinciaux, municipaux et fédéraux étaient tous impliqués. Dans la province de Heilongjiang, un scandale de corruption aurait impliqué plus de 400 officiels locaux, incluant l'ancien gouverneur, l'ancien coordonnateur du parti, le vice-gouverneur, le juge en chef, le président de la cour supérieure provinciale et huit des treize dirigeants de la province. Selon les rapports officiels, la province de Shenyang, Fuzhou et plus de 30 autres comtés et préfectures, des groupes d'officiels seniors, incluant des chefs du parti et des maires auraient été à la solde de gangs organisés impliqués dans le meurtre, l'extorsion, les jeux de hasard et la prostitution.
Aussi monstrueuse que soit la corruption, ces scandales commencent à mettre en doute la légitimité du gouvernement. Dans leurs confessions, les officiels corrompus blâment souvent leur manque de foi en le communisme. Il semble y avoir des preuves anecdotiques que des membres seniors du parti auraient consulté des diseuses de bonne aventure à propos de leurs carrières politiques. L'élite politique chinoise, il semblerait, est à la dérive et souffre d’insécurité. Anxieuse à propos de ce que le futur leur réserve, certains officiels n'attendent pas avant de transformer leur pouvoir en richesse. En 2002, près de 20 % des officiels poursuivis en justice pour pots-de-vin et près 30 % de ceux punis pour abus de pouvoir avaient moins de 35 ans. Dans la province de Henan en 2003, 43 % des dirigeants locaux impliqués dans des affaires de corruption avaient entre 40 et 50 ans (comparativement à 32 % d'entre eux ayant plus de 50 ans). La Chine fait face à ses dirigeants futurs, et un grand nombre d'entre eux ont mal débuté.
Les deux Chines
Alors que les élites se précipitant pour profiter de la manne, les Chinois ordinaires sont loin derrière. Des estimés provenant de diverses sources, incluant la Banque Mondiale et le gouvernement chinois suggèrent que l'inégalité des revenus ait augmenté d'au moins 50 % depuis la fin des années 1970, faisant de la Chine une des sociétés les moins égales d'Asie. Une étude récente rapporte que moins de 1 % des ménages chinois contrôlerait plus de 60 % de la richesse du pays (en comparaison, aux États-Unis, 5 % des ménages contrôleraient 60 % de la richesse). L'élargissement des inégalités n'est pas hors du commun chez les pays se dirigeant vers des économies de marché, mais le système néo-léniniste chinois, les récompenses perverties et les politiques élitistes auraient amplifié la tendance.
Il y a une génération, les enfants de l'élite au pouvoir prenaient typiquement des emplois dans le gouvernement ou l'armée. Maintenant, ils s'en vont tous dans le milieu des affaires. Les ramifications sociales de ce changement sont assez évidentes dans le milieu de l'immobilier, où les paysans reçoivent souvent moins de 5 % de la valeur de leur terres alors que les développeurs empochent 60 %, avec le reste allant dans les coffres du gouvernement local. La privatisation a également offert des possibilités en permettant aux riches d'avaler des actifs gouvernementaux à faible coût. Une étude récente montre que près de 60 % des entreprises étatiques ayant fait l'objet d'une privatisation auraient été vendues à leurs gérants. En conséquence, près de 30 % des propriétaires d'entreprises privées sont des membres du parti.
Partie deux du dossier
Source: foreignpolicy.com - Mars/Avril (Lien)
Source de l'image: Source de l'image: msnbcmedia.msn.com
13:55 Publié dans Dossier | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : actualité
Commentaires
Bonjour,
Concernant les privatisations, on voit en France les effets de ces opérations. Difficile de donner des leçons. non ? http://www.chineinfos.com
Ecrit par : inconnu | 24 mars 2006


