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27 mars 2006

La Suède planifie un futur énergétique alimenté au bois

medium_bois.jpgLa Suède s’est donnée l’objectif d’atteindre l’indépendance totale envers le pétrole d’ici à 2020. Le pays satisfait déjà une partie de ses besoins énergétiques avec des ressources renouvelables telles que le bioéthanol pour le carburant à voitures et le bois pour les centrales thermiques.

Si l’entrepreneur suédois Per Carstedt a raison, la prochaine révolution énergétique sera un pas vers l’arrière. « L’ère industrielle a commencé avec la transition du bois vers les combustibles fossiles » déclare t-il. « Maintenant nous nous dirigeons dans l’autre direction ».


M. Carstedt croit que les copeaux de bois seront les matières brutes qu’il pourra convertir en carburant – une ressource essentielle dans nos sociétés modernes. Mais avant que le bois puisse faire fonctionner le moteur des voitures, il doit être traité chimiquement. Et c’est exactement ce qui se produit dans l’usine Örnsköldsvik dans le Nord de la Suède.

Le liquide produit dans le cadre du projet pilote de la Bioethanol Foundation de la Suède atteindra éventuellement les réservoirs d’essence de véhicules « flexible fuel vehicles », qui fonctionnent à l’éthanol comme à l’essence. Des dizaines de milliers de Suédois conduisent déjà de telles voitures. C’est une partie importante de ce projet ambitieux. Le gouvernement aurait décidé que la Suède serait le premier pays au monde à devenir indépendant du pétrole d’ici à 2020.

Se sevrer du pétrole

Qu’est ce qui préoccupe autant les politiciens suédois? L’augmentation du prix du pétrole - qui, selon de nombreux de nombreux analystes ne redescendra jamais – serait le facteur dominant. La consommation pétrolière de la Chine et de l’Inde seuls pousse les capacités techniques de la production de pétrole aux limites.

Même le président américain George W. Bush, un ancien magnat du pétrole, aurait récemment critiqué la dépendance de son pays au pétrole. Il aurait également visité le National Renewable Energy Laboratory du Colorado et aurait été enthousiaste des recherches en cours là-bas.

Un grand nombre de biocarburants sont en train d’être testés. Ils ont des noms colorés tels que « Sundiesel » ou « CropPower85 ». Le bioéthanol n’est probablement pas le carburant le plus facile à produire, mais la transition de l’essence au bioéthanol est simple. Les compagnies d’éthanol sont déjà populaires auprès des investisseurs. Bill Gates aurait récemment acheté des actions dans une compagnie qui planifierait de produire près de 750 millions de litres de bioéthanol. Les experts énergétiques des États-Unis sont déjà en train d’étudier ce que la Suède est en train de faire.

Ce n’est pas une coïncidence si le pays qui est typiquement connu aux États-Unis pour ses meubles préfabriqués mène la charge dans l’âge de l’énergie renouvelable. Dès la crise pétrolière de 1970, le pays aurait commencé à se sevrer des combustibles fossiles. Il y a trente ans, la Suède dépendant des combustibles fossiles pour environ 77 % de ses besoins énergétiques. Maintenant, ce chiffre aurait rapetissé à près de 34 %. D’un autre côté, l’utilisation d’énergies renouvelables par la Suède aurait augmenté significativement. Aucun autre pays européen ne couvrirait une aussi grande proportion de ses besoins énergétiques – 24. 7 % - par de telles sources.

La géographie de la Suède est un grand avantage. Il y a beaucoup de forêts générant de la biomasse, et il n’y a pas beaucoup de réservoirs naturels pour produire de l’électricité non plus. Grâce aux efforts politiques de sevrage envers les combustibles fossiles, la Suède a maintenant un grand nombre de petites centrales électriques (thermiques). C’est un système décentralisé mais efficace qui fournit à la plupart des maisons le chauffage et l’électricité dont ils ont besoin. Les centrales fonctionneraient principalement au bois et aux déchets. Par comparaison, en Allemagne, le chauffage est fourni principalement par des sources pétrolières ou gazières, et l’électricité est principalement produite dans de grandes centrales au charbon.

La Suède en Tête

Après avoir repensé son chauffage et son électricité, la Suède aurait maintenant opté pour une trajectoire différente en ce qui a trait à l’essence. Une commission pétrolière aurait été chargée de mener la Suède vers un futur plus vert. La commission inclurait des entrepreneurs tels que Leif Johannson, Président directeur général de Volvo. Les voitures alimentées au bioéthanol sont devenues un nouvel argument de vente pour des compagnies telles que Saab, Ford et Volvo. Près de 450 stations-service fournissent déjà un carburant alternatif connu sous le nom de E85. Dès 2009, E85 devrait être disponible dans chaque station-service du pays.

Même les voitures ordinaires utilisent du bioéthanol. En Suède, l’essence ordinaire serait déjà un mélange d’essence et du nouveau carburant. « La transition est enclenchée, et d’autres pays suivront » prédit Kjell Bergström, un ingénieur de Saab.
Assis derrière le volant de son modèle 9-5 Saab, Bergström appuie sur l’accélérateur. Le moteur émet un faible son de haute fréquence alors qu’il propulse la voiture vers l’avant. Près de 85 % de l’essence dans le réservoir est de l’éthanol provenant de blé fermenté. Le bioéthanol est légèrement plus inflammable que l’essence et aurait un niveau d’octane de 104 (comparativement à 87 pour de l’essence ordinaire). « Ceci signifie que la puissance d’un moteur alimenté à l’éthanol est près de 180 chevaux » calcule Bergström. « C’est près de 30 chevaux de plus qu’un moteur alimenté à l’essence uniquement ».
Ceci met le département marketing de Saab dans une position favorable d’être capable de vendre la voiture comme étant moins polluante et amusante à conduire.
Bergström, l’ingénieur, sait très bien qu’il y a une autre raison pour laquelle le bioéthanol se vend bien : il n’est pas cher. Un conducteur de Stockholm n’utilisant que du bioéthanol économiserait près de US$216 par année. Grâce à la politique fiscale du gouvernement, les consommateurs paient 30 % en moins pour le bioéthanol comparativement à l’essence. De plus, les conducteurs ayant des voitures au bioéthanol dans Stockholm ne paient pas la taxe requise afin de conduire en ville. Une Saab au biocarburants ne coûterait que US$487 de plus à l’achat qu’une voiture ordinaire.

Dans le fond, peu importe la raison pour laquelle les gens achètent une voiture » déclare Bergström. « Ce qui compte c’est qu’elle aide l’environnement ».

Un accident de l’histoire?

Le fait que les voitures ne roulent pas à l’éthanol serait un accident de l’histoire. Dans les années 1920, le magnat de l’automobile Henry Ford aurait été en faveur de moteurs à l’éthanol. Cependant, la dynastie des Rockefeller aurait favorisé l’utilisation de moteurs à essence.

Mais l’histoire pourrait changer. Les obstacles ne seraient pas technologiques selon Bergström. Il ouvre le capot de sa Saab et pointe aux nombreux tubes qui courent du réservoir à essence au bloc moteur. « Ils ont un enrobage spécial de caoutchouc » déclare l’ingénieur de Saab. L’éthanol est effectivement plus corrosif que l’essence : le réservoir et les valves du moteur doivent être protégés du fluide. Les techniciens de Saab auraient également eu à composer de nouveaux algorithmes pour l’ordinateur de bord de la voiture puisque la quantité d’énergie contenue dans un litre d’éthanol est plus faible que l’énergie contenue dans un litre d’essence. La consommation d’essence du moteur serait supérieure, mais il y aurait moins d’émissions.

Comparativement aux autres carburants tels que l’hydrogène et le gaz naturel, l’éthanol aurait un avantage décisif : c’est un liquide et non pas un gaz. Bergström ne croit pas aux scénarios qui présentent des gaz comme des carburants de l’avenir. « Il serait trop compliqué de faire le plein, et le réseau de distribution devrait être complètement refait.

Les moteurs d’aujourd’hui qui fonctionnent à l’essence aussi bien qu’à l’éthanol ne seraient que des modèles de transition selon Bergström, qui est croit que des moteurs fonctionnant entièrement à l’éthanol seront bientôt introduits sur le marché. « Le niveau d’octane élevé de l’éthanol nous permettra de rendre les moteurs plus performants et de réduire les émissions ». Ce qui est le plus important à ses yeux est que la Suède ait trouvé le moyen de se diriger vers un avenir plus durable. « Les manufacturiers automobiles avaient l’habitude de demander un nouveau carburant aux pétrolières. Et les pétrolières répondaient « vous aurez un nouveau carburant lorsque vous bâtirez une voiture qui le supporte ».


Est-ce que le plan fonctionnera?


La possibilité que le modèle suédois fonctionne ailleurs dépendra principalement de la production de bioéthanol. Aujourd’hui, la source la plus efficace de bioéthanol est la canne à sucre. Le Brésil produit son éthanol à partir de la canne à sucre, et la Suède obtient la plupart de son éthanol du Brésil. Cependant, le pays produit déjà le quart de son éthanol à partir du blé suédois. Ni l’un ni l’autre des systèmes ne sont satisfaisants en termes de production énergétique ou des effets environnementaux.

Nous avons besoin d’un système basé sur la cellulose déclare Bergström. Le développement d’un tel système est un des objectifs du projet-pilote de Per Carstedt. Un jour, l’usine de Carstedt sera capable de convertir de nombreux types de matière organique en carburant : foin, écorce d’arbre, mauvaises herbes, résidus de production de vin, etc. Environ 400 milliards de litres d’éthanol pourraient être produits à chaque année aux États-Unis seulement. Mais afin de faire en sorte que les champs et forêts deviennent des sources d’énergie primaire, une vaste réorganisation de l’agriculture est de mise. Les terres non exploitées et les résidus organiques devront être mis en service.

En Suède, des forêts de pins géants pourraient être transformées en énergie. Carstedt croit qu’il pourra extraire 70 % de l’énergie contenue dans le bois. Environ 500 litres d’éthanol pourrait être produit à partir de deux tonnes de bois. La lignine, qui est un résidu du procédé d’extraction de la cellulose, pourrait être convertie en électricité et chaleur dans les centrales thermiques. « Nous avons besoin de penser en termes de circuits et de cycles si nous voulons faire fonctionner cette technologie » déclare Carstedt.

Un des avantages est que le bois est maintenant moins cher que les combustibles fossiles. La production d’électricité à partir du bois coûterait US$10 par mégawatt-heure, alors que de le produire à partir du charbon coûterait $US12.
Eddie Johansson, le directeur de la centrale thermique de la ville de Enköping, 60 km à l’ouest de Stockholm, explique l’intérêt : « Nous sommes la première communauté à couvrir 100 % de nos besoins électriques et de chauffage avec le bois. « La communauté de 38 000 âmes aurait également réussi à résoudre un autre problème grâce à la centrale thermique : les boues de la station de traitement des eaux usées locale servent de fertilisant pour le carburant au bois de Johansson.
« Nous devons nous éloigner des anciennes méthodes, telles que les centrales thermiques au charbon et les centrales nucléaires » déclare Johansson. « Des concepts locaux, intelligents sont la clé du succès ».

Source: spiegel.de - 22 Mar. 2006 (Lien)
Source de l'image: RF (Séquoia de Victoria, Canada)

22:55 Publié dans Énergie , Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité

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