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28 mars 2006
Canada: Harper ouvre les hostilités contre les journalistes
Les relations se corsent entre Harper et les journalistes
À Ottawa, les relations deviennent de plus en plus tendues entre Stephen Harper et les journalistes. Le bureau du premier ministre a même ordonné que les journalistes soient bannis du troisième étage du Parlement, un endroit où ils pouvaient habituellement s'entretenir avec les ministres.
De plus, les conservateurs menacent de tenir des réunions du conseil des ministres en secret, et de ne pas diffuser d'informations élémentaires sur les visites de chefs d'État au pays.
Faisant table rase de trois décennies de cohabitation sur la colline. L'équipe de communications de Stephen Harper a interdit aux reporters l'accès au bureau du premier ministre à l'occasion de deux rencontres officielles et entend désormais organiser des réunions de Cabinet secrètes loin du regard inopportun des caméras. Sans compter qu'elle s'arroge déjà le droit de choisir quels journalistes peuvent poser des questions au premier ministre.
Le premier ministre a mis un terme à une pratique en vigueur depuis au moins une douzaine d'années à Ottawa donnant aux journalistes l'accès à son bureau lors de rencontres officielles. Lors des deux visites d'hier, les caméras ont été admises pour filmer les poignées de main d'usage, mais pas les journalistes, qui en profitent toujours pour lancer une ou deux questions auxquelles le premier ministre est libre de répondre ou non. Tous les journalistes dépêchés pour couvrir cette séance de photos («photo op» dans le jargon) se sont fait barrer la route par 11 agents de sécurité.
La restriction de l'accès médiatique au nouveau gouvernement ne s'arrête pas là. Depuis le 23 janvier, c'est désormais M. Soudas qui choisit quels journalistes posent une question à M. Harper, alors qu'avant, c'était à celui qui criait le plus fort. Au moins une journaliste qui n'est pas en bons termes avec lui se voit systématiquement refuser le droit de parole. Un autre journaliste s'est fait interdire jeudi dernier de revenir à la charge en sous-question -- un droit que tous ses collègues avaient obtenu -- parce que sa question sur la chasse aux phoques semblait embêter M. Harper.
La gestion de l'image de Stephen Harper semble peser lourd dans cette décision. La sortie de la pièce où se réunit le cabinet est étroite et peu attrayante. En revanche, l'étage du bas présente de belles portes en bois ouvertes sur la Chambre des communes.
Transparent et redevable ?
«Nous sommes un gouvernement d'une étoffe différente, et nous accordons beaucoup d'importance aux communications et aux images et nous aimons la possibilité de présenter le Parlement aux Canadiens», a expliqué Sandra Buckler, la directrice des communications du premier ministre vendredi dernier, lors d'une rencontre exploratoire avec les représentants de la Tribune de la presse. La Tribune regroupe les 395 journalistes parlementaires d'Ottawa. Mme Buckler semble considérer les journalistes comme un obstacle à la transmission du message de son chef. «Notre gouvernement désire communiquer directement à la population et nous cherchons les meilleures façons de faire cela.»
Mme Buckler a aussi avoué que les réunions de Cabinet ne seraient peut-être plus publicisées du tout. «On n'a pas encore décidé», a-t-elle déclaré à cette même rencontre. Cette réunion avait pour but de porter à son attention les griefs des journalistes. Elle s'est déroulée sur un ton de confrontation. Insatisfaite des réponses de Mme Buckler, la Tribune a envoyé hier une retranscription des discussions à tous ses membres et décidera dans deux semaines si des mesures doivent être prises pour exprimer son mécontentement.
«Nous trouvons que c'est s'engager sur une pente très, très glissante qui va de toute évidence mettre en péril la liberté de presse», a déclaré la journaliste et présidente de la Tribune, Emmanuelle Latraverse.
Même les députés de l'opposition en ont profité pour se plaindre du nouveau gouvernement, soulignant tous la contradiction entre ces décisions et le désir répété en campagne électorale de diriger un gouvernement plus transparent et redevable.
Source: SRC, Canoe et Le Devoir.
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