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05 avril 2006
Tensions religieuses en Irak: même les grand-mères ont des AK-47
Bagdad. Avec ses ongles ébréchés, Nahrawan al-Janabi ramassa une cartouche et l'inséra dans la chambre.
"Comme ceci" murmure t-elle, en chargeant son nouveau pistolet Glock avec un mouvement habile.
Akram Abdulzahra conserve maintenant son revolver à portée de la main lorsqu'il travaille dans son café internet.
Haidar Hussein, un libraire, vient juste d'acheter une arme d'assaut automatique et a enseigné à sa femme comment s'en servir.
L'Irak a longtemps été inondée d'armes. Mais après le bombardement de dôme doré à Samarra à la fin février, les tensions religieuses ont explosé, et de nombreux irakiens ont acheté, transportent et entreposent des armes, rajoutant une quantité phénoménale de puissance de feu dans les rues de Bagdad.
Le prix moyen pour une Kalachnikovs AK-47, qui est légal ici, est passé de $112 à $290 au cours du mois dernier. Le coût des balles est passé de $0.24 à $0.33.
Les grenades qui, elles, ne sont pas légales mais faciles à obtenir, coûtent $95, le double d'avant l'incident de Samarra.
Les rangs des milices sont en train de se gonfler aussi, avec de plus en plus de jeunes hommes, religieux et principalement illettrés patrouillant les rues avec des armes automatiques. Hussein Abdul Khaliq, un soldat d'infanterie de l'armée de Mahdi - une milice chiite - patrouillait un bout de trottoir dans l'est de Bagdad et par le fait même violait de nombreuses lois - au vu et au su des patrouilles de police.
Pour commencer, Khaliq n'avait pas de permis pour posséder un AK-47, il avait plus que les 50 balles permises par la loi et il n'avait pas l'âge minimum pour porter une arme, qui est de 25 ans.
"J'aimerais bien les voir essayer de me le prendre" déclare Khaliq, un jeune musclé de 17 ans.
L'armée américaine a également participé à cet armement massif de la population en envoyant des centaines de milliers d'armes à feu et des millions de balles aux forces de sécurité irakiennes dans l'espoir de faciliter un retrait des forces américaines.
Les dirigeants irakiens sont de plus en plus préoccupés par cet engouement pour les armes.
"Nous avons confisqué la plupart des armes lourdes qui étaient disponibles, mais nous aurions dû confisquer les armes légères aussi" déclare Haider al-Ebadi, un assistant au premier-ministre.
Mais la réalité est que les politiciens irakiens ont été réfractaires à l'idée de dissoudre les milices ou à désarmer la population. Une des raisons est que les dirigeants chiites qui contrôlent le gouvernement se basent sur le support des milices afin de rester au pouvoir.
Une autre raison est que les armes font maintenant tellement partie de la culture irakienne qu'ils sont maintenant aussi communs que les palmiers. Sous Saddam Hussein, l'Irak était l'une des sociétés les plus militarisées de la planète. Saddam fournissait des fusils aux membres du parti Baath et mettait sur pied des camps d'été afin d'enseigner aux enfants des membres du parti Baath l'art de la guerre.
Une de ses photographies favorites était une photo de lui-même affichant fièrement un ancien fusil de chasse avec une main.
Après qu'il ait été renversé, la sécurité s'évapora, ouvrant grand les portes aux pillards, kidnappeurs et voleurs.
Bagdad devint un endroit où les gentils portaient des masques et les méchants des uniformes de police, du moins c'est ce de quoi la situation avait l'air alors que les officiers de police loyaux portaient des masques afin de protéger leurs identités et celle de leurs familles.
En réponse au chaos, de nombreux citoyens achetèrent des armes et une mentalité différente domina.
"J'ai peut-être tort", déclare Haidar Hussein le libraire qui enseigna à sa femme comment utiliser une arme automatique, "mais au moins avoir une arme me fait me sentir plus en sécurité".
L. Paul Bremer, l'ancien administrateur américain en Irak ne tenta même pas de s'immiscer entre les Irakiens et leurs armes. Il promulgua un ordre en 2003 qui confirmait la loi irakienne: Tout homme ou femme de 25 ans et plus ayant une "bonne réputation" avait le droit de posséder une arme à feu, incluant une arme d'assaut AK-47, l'arme la plus populaire au monde.
Peu après l'invasion de l’Irak, l'armée irakienne fut dissoute par M. Bremer. Quelques jours plus tard, Bagdad ressemblait à un bazar militaire, avec des kiosques apparaissant à travers la ville, offrant des rabais sur les pistolets, fusils, fusils de chasse, mitraillettes, lance-roquettes - pratiquement tout ce qui a une gâchette.
Avec la montée du crime, les attaques insurgées augmentèrent et un sens de chaos commença à se répandre à travers le pays - encore plus de gens s'armèrent. Les commis de bureau commencèrent à porter des holsters sous leurs vestons, les femmes voilées et les vieillards commencèrent à cacher des kalachnikovs sous leurs lits.
La destruction du lieu saint à Samarra déclencha un différent type de bain de sang et de peur, augmentant encore plus la course aux armes. Des bandes de chiites parcoururent les rues, tuant des centaines de civils sunnites. Les Sunnites, ripostèrent, tuant des chiites.
Les vengeances religieuses sont devenues monnaie courante en Irak.
Le taux d'homicides depuis l'attaque de Samarra a triplé, passant de 11 meurtres par jour à plus de 33. Pratiquement à chaque jour, des douzaines de corps sadiquement mutilés surfacent dans les rues de la capitale.
"Bagdad est le champ de bataille" déclare le Major général Rich Lynch, un porte-parole de l'armée américaine.
Peu de meurtres ont fait l'objet d'enquêtes, érodant le peu de confiance que les gens avaient en la loi. La suspicion est que les officiers de la police - principalement chiite - sont associés aux escadrons de la mort, ce qui fait en sorte que les gens se sentent encore plus vulnérables.
"Je ne crois pas que personne ne puisse me protéger", déclare Janabi, un nouveau propriétaire de Glock. "Ni les Américains, ni mon gouvernement".
Janabi, 27 ans, est un journaliste télé. Elle vient d'une famille chiite, mais aime bien les jeans serrés et insiste sur le fait que les femmes portent des armes même si elle admet que ça la fait se sentir comme un homme. Un ami du ministère de l'intérieur lui a montré comment utiliser un pistolet 9-millimètre. Elle semble très fière de le charger.
Jusqu'à tout récemment, Janabi avait résisté à l'appel des armes, parce qu'elle se sentait en sécurité dans son quartier dans le centre de Bagdad où elle vit avec ses parents dans un complexe entouré de murs.
Mais Samarra "était l'étincelle qui a fait en sorte que les chiites se sont retournés contre les sunnites" déclare t-elle. "Maintenant, à chaque jour j'ai peur de ne pouvoir revenir à la maison".
Juste pour être sûre, elle prend l'autobus avec son pistolet sur ses genoux.
Source: International Herald Tribune - 4 Avr. 2006 (Lien)
Source de l'image: www.pictureiraq.com
-= Note =-
Le gouvernement irakien semble pratiquement bénéficier du climat de conflit permanent. On pourrait même se demander si les tensions religieuses ne vont pas finir par exploser, que les américains s'interposent ou non. Ceci résulterait probablement en un fractionnement de l'Irak en trois état séparés, les Kurdes au nord (ce qui risquerait de déstabiliser le sud de la Turquie à majorité Kurde), les Sunnites au centre et les Chiites au Sud. C'est à se demander si l'Irak n'était pas mieux sous Saddam.
02:25 Publié dans Militaire , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Information et relations internationales
Commentaires
ça fait peur ...
Si l'on se demande quand l'Irak pourra connaître la paix et la stabilité, dans de telles conditions,
on ne peut qu'être plus que sceptique.
Toutefois, ce surarmement de toute la population Irakienne - hommes ET femmes, de touts âges et de toutes conditions - n'est pas sans rappeller, toutes proprotions gardées,
le statut et la diffusion des armes à feu aux U.S.A.
Ecrit par : Nicolas F. | 14 avril 2007


