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06 avril 2006

Afghanistan : Les talibans reprennent du terrain

Khursheed Wazir est un combattant endurci qui a fait le djihad contre les Soviétiques en Afghanistan avec Jalalludin Haqani. Il est par la suite devenu ministre taliban et est aujourd'hui toujours dans le mouvement des "étudiants en religion". Le maulawi Khursheed, comme il se fait appeler en adoptant le nom local du mollah, est officiellement recherché par le Pakistan pour son rôle dans les combats qui se déroulent dans la zone tribale du Nord-Waziristan, frontalière de l'Afghanistan.

Depuis mars, des affrontements violents y opposent les forces de sécurité pakistanaises aux militants du djihad. Selon le maulawi Khursheed ils combattent pour "l'instauration de la charia (loi islamique) et leur liberté" face au gouvernement, qui chercherait à s’imposer dans ces zones tribales qui ont toujours bénéficiés d'une semi-autonomie. Les talibans de maulawi Khursheed se sont donc approprié le territoire et font régner « la loi et l’ordre ».


Pressée par les Etats-Unis de faire régner l'ordre dans ces secteurs servant de refuges aux talibans et à leurs alliés d'Al-Qaida. L'armée pakistanaise a déployé près de 80 000 hommes le long de la frontière afghane. Sans résultats probants. Les militants islamistes, qui profitent du soutien plus ou moins tacite de la population locale très conservatrice, renforce chaque jour leur emprise.

Plusieurs sources confirment d’ailleurs l'arrivée régulière d’un petit nombre de jeunes musulmans venus faire la guerre sainte. "Ils viennent d'Allemagne, des Etats-Unis, des pays du Golfe", affirme le maulawi Khursheed.

Rien n’est gagné

"Chaque jour, nous gagnons du terrain, nous ouvrons des bureaux pour faciliter la vie des gens", affirme le maulawi Khursheed. " L'agent politique (représentant d'Islamabad dans chaque zone tribale) ne peut pas sortir de sa maison. L'armée tient les routes principales, mais ne peut pas s'aventurer dans la campagne."Les témoignages confirment que les forces de sécurité se cantonnent principalement dans leurs casernes. Ils ne sortent qu'en convoi. Pas un jour ne passent sans que des postes de l'armée soient attaqués.

Ils sont officieusement en contrôle et en plein pouvoir : législateur, juge et bourreau. "Nous les avons arrêtés, jugés et pendus", dit-il en allusion à un événement qui s'est produit il y a trois mois et sur lequel les militants ont tourné une vidéo montrant 20 corps décapités pendus pour l'exemple à des poteaux électriques.
Interrogé sur le sort des 52 membres des forces de sécurité « arrêtés » il y a une semaine, le maulawi Khursheed clame : "Les officiers ou hauts responsables seront tués. Les soldats devront jurer sur le Coran qu'ils n'attaqueront plus les moudjahidins, et ils seront relâchés. Ceux qui nous ont trompés, et c'est arrivé, ont été tués."

Étendre la Charia grâce au martyr

"Chacun aime le martyre pour l'islam", ajoute-t-il, précisant : "Si nous avions plus d'argent, nous pourrions acheter plus de voitures et faire plus d'opérations-suicides." Selon plusieurs observateurs indépendants, c'est au Waziristan que les futurs commandos-suicides recevraient leur entraînement avant d'être envoyés en opération en Afghanistan.

Le maulawi Khursheed est un proche de l'islamiste saoudien Mahmoud Al-Kathani, l'un des quatre membres d'Al-Qaida échappés de la prison américaine de Bagram en juillet 2005 et qui se trouveraient toujours dans la région sud-est de l'Afghanistan. Il ne cache pas l'unité de lutte entre les combattants présents de chaque côté de la frontière. "Normalement, les militants qui se battent en Afghanistan y restent, mais, si la pression est trop forte, ils traversent vers le Pakistan", dit-il.

Le combat principal se situe au Pakistan selon maulawi Khursheed. "Si le gouvernement continue sa politique, les combats vont augmenter". Il ne cache pas que lui et ses pairs veulent étendre la charia et leur vision de l'islam jusqu'à Peshawar (capitale de la province frontalière pakistanaise du Nord-Ouest). Une province dirigée par une alliance de partis religieux qui "ne nous est pas hostile », affirme le maulawi. « Nous, musulmans, ne croyons qu'au combat, car on a vu que les élections ne nous donnaient rien. A Peshawar, il y a un gouvernement religieux, mais il ne peut rien faire. En Palestine, le Hamas a gagné les élections, et il est boycotté."

Malgré les propos officiels rassurants, les combattants contrôlent déjà quasi totalement le Waziristan. Leur influence s'étend même au-delà des zones tribales et gagne les districts proches. Plusieurs "décrets", émis par ceux qu'on appelle les "talibans locaux", ont déjà interdit aux coiffeurs de tailler la barbe des hommes, prohibé des magasins de vidéo ou des mariages avec musique. La situation nuit à la stabilisation de l'Afghanistan.

Source: Le monde

12:34 Publié dans Militaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Information et relations internationales

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