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09 avril 2006
Jean Charest perd la boule
Seul au pouvoir
«Je ne sais pas si c'est la fatigue, mais Jean Charest pète vraiment les plombs», lance en entrevue Gilles Lesage, journaliste à la retraite qui a 40 ans de métier derrière lui, dont 30 comme chroniqueur parlementaire à Québec.
Le premier ministre dilue son pouvoir en enchaînant les guerrillas avec ses propres députés. Les confrontations avec ses ministres se soldant par des démissions fracassantes , des mise au banc ou l'ordre de rentrer dans les rangs se sont multiplier. Paradis, Bellemare, Séguin et plus récemment Muclair ne se cachent plus pour critiquer le chef du parti Libéral. Celui-ci semble de plus en plus isolé. La poursuite contre la député de l'opposition Agnes Maltais s'ajoute au bourbier dans lequel semble de plus en plus s'enfoncer le pm.
Le fait que la mise en demeure ait été envoyée par l'avocat Jacques Jeansonne- celui-là même qui défend les intérêts d'André L'Espérance, PDG de Mont-Orford inc.- n'a fait qu'envenimer les choses.
Conformément à la tradition britannique, tout député jouit de l'immunité à l'intérieur du Parlement, histoire de bien le protéger contre toute pression indue. Par contre, sitôt le pied posé à l'extérieur du parlement (le Salon bleu, à Québec), les politiciens s'exposent aux poursuites comme tout le monde.
Les mises en demeure comme celle envoyée par Jean Charest sont rares . En fait, les bibliothécaires de l'Assemblée nationale ont fouillé dans de nombreuses bases de données et jamais un premier ministre n'aurait poursuivi un député de l'opposition, comme Jean Charest envisage de le faire.
Cela pourrait être une simple anecdote dans un contexte normal. De même, «l'affaire Mulcair, prise isolément, ne serait pas si grave que ça», note Jean-François Lisée, ancien conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard. «Mais tout ça survient après la crise du départ de Pierre Paradis, après le départ d'Yves Séguin, après que Jean Charest eut rabroué son tout nouveau ministre Raymond Bachand (sur Grande-Baleine), et sur un fond de rivalité entre Jean Charest et Philippe Couillard. Tout ça renforce l'impression qu'il y a quelque chose de dysfonctionnel au sein de cette équipe.»Non, ce n'est pas une crisette: c'est une crise en bonne et due forme, croit aussi le politologue Christian Dufour. Tout se passe comme si tous les «frustrés du pouvoir», «les Pierre Paradis, Marc Bellemare et Thomas Mulcair y allaient tous d'une fronde informelle» contre Jean Charest. Qui, selon M. Dufour, l'a pas mal cherché, en gérant notamment si mal son conflit avec l'ex-ministre de l'Environnement.
Mise en demeure de Jean Charest aux frais des contribuables
La démarche judiciaire entamée par le premier ministre Jean Charest contre la députée péquiste Agnès Maltais se fait aux frais des contribuables. C'est ce qu'a confirmé hier à La Presse Hugo D'Amours, attaché de presse du premier ministre. «Quand il s'agit d'attaques contre le premier ministre, contre l'institution du bureau du premier ministre, en principe, c'est l'exécutif qui paye», a-t-il dit.
Rappelons les faits. Le premier ministre vient d'envoyer une mise en demeure à la députée péquiste, la sommant de se rétracter pour des propos qu'elle aurait tenus lors d'un point de presse, le 30 mars. Selon la mise en demeure, Madame Maltais aurait «laissé entendre que M. Charest avait subi des pressions de M. Marc-Yvan Côté pour favoriser la vente de terrains du Zoo de Québec à des tiers».
Marc Bellemare reçoit l'ordre d'être plus discret
Le gouvernement Charest exige que l'ancien ministre Marc Bellemare soit plus discret à la suite de son passage au gouvernement, a appris la Presse canadienne.
Une lettre, signée par le secrétaire général du Conseil exécutif, André Dicaire, et adressée à l'ex-ministre de la Justice lui enjoint de ne pas «divulguer des documents ou des informations» dont il a pris connaissance dans l'exercice de ses fonctions. On lui demande même de «détruire d'une manière sécuritaire tous les documents encore en (sa) possession».
M. Dicaire est le plus important fonctionnaire du Québec. Son titre de secrétaire général du Conseil exécutif en fait en quelque sorte le sous-ministre du premier ministre Jean Charest lui-même.
C'est le 17 février dernier que M. Dicaire a transmis une lettre à l'ancien ministre de la Justice Marc Bellemare, avec copie conforme au premier ministre, pour l'enjoindre de se montrer plus discret.
Ce sont les propos tenus par Me Bellemare le 31 janvier sur les ondes de TVA qui ont fait bondir le secrétaire du Conseil exécutif et le gouvernement Charest. Me Bellemare a alors parlé de l'indemnisation des victimes d'actes criminels, et de l'avant-projet de loi qu'il avait préparé pour défendre ces victimes. Il a exhibé le mémoire d'appui à l'avant-projet de loi devant la caméra.
M. Dicaire plaide que ce mémoire devrait demeurer confidentiel pendant 25 ans, en vertu de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics.
Il rappelle également que le premier ministre a émis une directive en vertu de laquelle la confidentialité doit marquer le traitement des documents gouvernementaux. Il a aussi noté le serment de discrétion prêté par les ministres lors de leur nomination, par lequel ils s'engagent à une grande discrétion.
«Je compte sur votre professionnalisme et votre sens de l'honneur pour respecter votre serment et engagement en ne divulguant plus les documents et les informations dont vous avez pris connaissance (...) et en détruisant d'une manière sécuritaire tous les documents de cette nature que vous auriez encore en votre profession», conclut la lettre de M. Dicaire.
Mais selon l'ancien ministre Marc Bellemare, la loi pour aider les victimes d'actes criminels «traîne dans les officines gouvernementales depuis 14 ans. Cette loi est une mesure sociale importante qui était dans les engagements libéraux de 2003», mais qu'il n'a pas pu faire adopter lors de son court passage au sein du gouvernement.
Me Bellemare rejette naturellement les références au «sens de l'honneur» qu'invoque André Dicaire. «L'honneur en politique, c'est de respecter nos engagements pris face aux électeurs. C'est inconvenant qu'on fasse appel à mon sens de l'honneur alors que cet engagement pour les victimes d'actes criminels n'a pas été tenu», a dit Me Bellemare à la Presse canadienne.
Source: Cyberpresse, Canoe, SRC, PC et Le Devoir.
Caricature: Yreck
21:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique


