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10 avril 2006

AT&T accusée d'avoir ouvert grand les portes à l'écoute électronique par la National Security Agency

medium_cables.jpgLa compagnie AT&T aurait fourni un accès complet aux systèmes d'écoute de la National Security Agency (NSA) en ce qui a trait aux appels et trafic Internet de ses clients. C'est ce qu'affirme un ancien employé d'AT&T qui collabore avec la Electronic Frontier Foundation (EFF) sur une poursuite contre la compagnie.

Mark Klein, un technicien de télécommunications à la retraite d'AT&T aurait fait une déclaration sous serment afin de supporter la poursuite en cour initiée par l'EFF. La poursuite, déposée en cour fédérale de San Francisco au début janvier 2006, accuse AT&T d'avoir violé les lois de l'État et les lois fédérales en permettant au gouvernement de mettre les communications téléphoniques et Internet de ses clients sous écoute sans mandat judiciaire.


Mercredi dernier, l'EFF aurait demandé à la cour d'émettre une injonction contre AT&T, la forçant à cesser l'écoute et aurait déposé nombre de documents devant la cour, incluant trois documents d'AT&T qui expliqueraient le fonctionnement du système d'écoute.

Selon une déclaration de l'avocat de M. Klein, un agent de la NSA se serait présenté au centre de contrôle de San Francisco en 2002 afin de discuter avec un gestionnaire concernant un travail particulier. En janvier 2003, Klein aurait noté la construction d'une nouvelle salle, adjacente à la salle abritant l'équipement de contrôle #4ESS, en charge de l'acheminement des appels longue distance et des appels internationaux.

"J'ai appris que la personne qui rencontra l'employé de la NSA était également la personne qui était en charge de l'installation d'équipement dans cette nouvelle pièce" déclare Klein. "Les techniciens ordinaires n'y avaient pas accès".

Le travail de Klein éventuellement le conduisit à connecter des circuits internet dans un poste de contrôle qui menait vers la pièce secrète. Alors qu'il branchait les circuits, il apprit par un collègue que des chambres similaires étaient en cours d'installation dans d'autres villes, comme Seattle, San Jose, Los Angeles et San Diego.

"En faisant mon travail, j'ai appris que les câbles de fibre optique de la chambre secrète étaient branchés aux circuits de Worldnet (le service Internet d'AT&T) en détournant une portion du signal lumineux" aurait déclaré Klein.

Les circuits détournés incluaient du trafic d'autres liens reliant les gros fournisseurs Internet qui fournissent l'épine dorsale de l'infrastructure Internet aux États-Unis. Ceci signifierait qu'AT&T interceptait non seulement les signaux de ses clients, mais également le trafic d'autres gros fournisseurs Internet internationaux.

La chambre secrète incluait également un Narus STA 6400, une pièce d'équipement dédiée à l'analyse de données. Cette pièce d'équipement "est reconnue pour être utilisée par de nombreuses agences gouvernementales à cause de sa capacité de traiter d'énormes volumes d'information en se concentrant sur des cibles prédéterminées" rapporte la déclaration de M. Klein.

Narus, dont le site web se vante d'avoir AT&T comme client, vend des logiciels permettant aux fournisseurs Internet et aux compagnies de télécommunications de surveiller et de gérer leurs réseaux, détecter des intrusions et mettre des appels sous écoute selon les procédures de la loi fédérale.

Klein affirme qu'il est sorti de son silence parce qu'il ne croit pas que l'administration Bush dit toute la vérité concernant l'étendue de la surveillance extra-judiciaire des communications des américains.

"Malgré ce que nous entendons, et en considérant le passé de cette administration, je ne peux simplement pas croire que le programme d'espionnage de la NSA est réellement limité aux communications internationales ou même qu'il soit en accord avec la chartre de la NSA ou de la FISA" déclare Klein. "Et contrairement à la controverse sur l'écoute ciblée des appels de quelques individus, ce programme d'espionnage apparaît être employé à grande échelle sur un grand nombre de communications Internet sur un nombre incalculable de citoyens".

Après avoir demandé une copie des documents la semaine dernière, le gouvernement américain ne s'objecta pas au fait que l'EFF les soumette sous le sceau du secret, malgré le fait que l'EFF ait demandé à la cour de rendre les documents publics.

Un des documents, intitulé "Study Group 3, LGX/Splitter Wiring, San Francisco," serait daté de 2002. Les autres seraient des documents de conception, informant les techniciens des procédures à employer pour connecter les systèmes d'écoute, un document qui décrirait l'équipement installé dans la chambre secrète.

Dans une lettre à l'EFF, AT&T se serait opposée au dépôt des documents, déclarant qu'ils contiennent des secrets industriels qui pourraient "être utilisés pour s'introduire dans le réseau d'AT&T, compromettant son intégrité".

Selon les règles de la cour, AT&T aurait jusqu'à jeudi pour déposer une motion demandant à ce que les documents demeurent secrets. Le gouvernement pourrait également venir de l'avant dans le cas et requérir que les documents soient gardés secrets, ou même que la poursuite en son entièreté devienne secrète en utilisant le privilège fédéral en ce qui a trait aux secrets d'état.

Walt Sharp, le porte-parole d'AT&T aurait refusé de commenter les allégations, mentionnant la politique de la compagnie de ne pas commenter les sujets qui font l'objet de poursuite ou qui relèvent de la sécurité nationale, mais aurait déclaré qu'"AT&T respectait toutes les lois et qu'elle avait répondu aux requêtes des autorités gouvernementales".

Source: Wired.com - 7 Avr. 2006 (Lien)
Source de l'image: www.hep.uiuc.edu

-= Note =-
Il semblerait que le programme d'espionnage soit à bien plus grande échelle qu'il n'ait été rapporté. Il semblerait également que les activités aient commencé en 2002. À l'époque, le département de la défense avait présenté un projet ambitieux; le Total Information Awareness (voir note article sur le sujet). Le programme se donnait comme objectif d'examiner tous les types de communications au nom de la sécurité intérieure du pays, suite aux attentats du 11 septembre. Il est étonnant de voir que les médias semblent surpris que le programme n'ait pas cessé, mais qu'il ait simplement changé de nom.

14:35 Publié dans Militaire , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité

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