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17 avril 2006

Canada: Les conservateurs inventent les ministres décoratifs

Le Premier Ministre Harper, obsédé par l'image, musèle ses ministres

Les ministres du nouveau gouvernement conservateur ont été prévenus qu'ils pourraient se voir interdire de voyager, être humiliés publiquement, voire être congédiés s'ils parlent à tort et à travers.

«Le message vient d'en haut : en cas de mauvais pas, vous devrez vous rétracter publiquement, pas de "si", de "et" ou de "mais". «Tenez-vous-en donc à la ligne du parti ou vous devrez dire à tout le monde que vous êtes un pauvre idiot ayant commis une gaffe.»


Le premier ministre fédéral, Stephen Harper, est déterminé à ce que son programme ne déraille pas, et ses ministres ont été informés que tout faux pas pourrait leur valoir des sanctions.

Le chef de cabinet de M. Harper, Ian Brodie, a lancé de sérieuses mises en garde à l'intention de ses collègues des bureaux ministériels au sujet des sanctions prévues pour les membres du cabinet qui embarrasseraient ou contrediraient le gouvernement en public, affirment certaines sources.

La sanction la plus grave -- l'expulsion du cabinet, le transfert à un autre portefeuille -- n'a pas encore été imposée.

Toutefois, la punition la moins sérieuse, l'humiliation publique, a été infligée à au moins deux ministres de cabinet et à un député de la Colombie-Britannique.

Tous ont été contraints de ravaler leurs paroles en public, quelques heures après avoir provoqué des manchettes malheureuses pour les conservateurs.

«Elle est constante», a indiqué un responsable du gouvernement au sujet de la pression exercée sur les ministres.

Maxime Bernier, victime et humilié

Le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier, est devenu la plus récente victime de cette politique interne, cette semaine. M. Bernier a affirmé lors d'une entrevue à la radio que le Canada pourrait perdre sa bataille juridique contre les États-Unis et que les contribuables ne devraient pas être tenus de payer les garanties de prêt pour l'industrie du bois d'oeuvre.

À la demande du cabinet du premier ministre, M. Bernier a été contraint de diffuser un communiqué de presse dans lequel il a précisé que ses propos sur le bois d'oeuvre ne reflétaient aucunement les opinions de son gouvernement, pas plus que celle de son ministère.

«M. Bernier a clarifié sa position», s'est par la suite contenté de dire le premier ministre Harper.

Souce: Le Devoir

Commentaire:

Les conservateurs (ancien Reform party) ont longtemps eut un problème d'image. Les journalistes étaient constamment à l'affût des écarts de langage, d'idées et de pointes extrémismes des candidats et députés et lors des deux dernières élections les libéraux profitaient de la situation pour les démoniser.

Harper, puisque premier ministre d'un gouvernement minoritaire, a pour première préoccupation l'élection qui viendra lorsque son gouvernement sera défait lors d'un vote au commune. Les conservateurs ont réussis grâce à quelques percées inespérées a se faire élire. Ils ont quand même perdu la bataille de l’Ontario. Cette préoccupation de l’image est donc logique. Par contre, elle réduit de plus en plus la fonction de ministre à simple porte-parole du bureau du premier ministre et centralise l’exercice du pouvoir au bureau du premier ministre.

C’est un gouvernement à l’américaine qui est offert pour la première fois de son histoire aux canadiens… Un risque de dérive qui est assumer seul par un Stephen Harper qui veut être en plein contrôle. S’il se trompe dans son jugement politique, c'est l'équipe au complet qui coulera. S'il réussie, le nouveau premier ministre gagnera certainement en notoriété, mais il perdra l’image d’une équipe et d’un groupe d’individu qui représentent leur comté. En exigeant autant et en maltraitant ses ministres, il ne pourra pas leur demander de sacrifices. Ceux-ci, devenus ministres fantôme, n’accepteront peut-être pas d’aller défendre des politiques qui ne sont pas les leurs et n’appartiennent qu’à un seul homme.

En politique canadienne, les premier ministres avaient l’habitude de s’appuyer sur leur cabinet lorsque leur propre statut était chancelant, le temps de reprendre leur souffle. Il est habituellement plus facile d’abattre un seul homme que tout un bataillon.

Si Harper s’accroche dans les rayures du tapis, il entraînera tout son parti avec lui. Par contre, s’il s’impose comme il le souhaite… qui connaîtra son équipe de candidat? Qui pourra s’identifier à ses candidats vedettes lors de la prochaine élection?

23:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : actualité

Commentaires

Ce que je trouve étrange, c'est de voir dans le Journal de Québec de lundi, que la consigne du silence s'appliquait également aux militaires canadiens. Qu'est-ce qu'il va faire si les militaires décidaient de parler aux médias, il va les rétrograder ou va-t-il faire des purges au sein de l'armée comme Staline a fait?

C'est vrai que j'exagère peut-être un peu, mais je trouve tout ça tout de même étrange.

Ecrit par : Lawrence | 18 avril 2006

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