« Iran: Pourquoi la démocratie ou un renversement du gouvernement ne peuvent être achetés | Page d'accueil | Rumsfeld: Contesté par des généraux américains »

17 avril 2006

La Chine à l'assaut de l'Amérique Latine: Le spectre d'une nouvelle guerre froide?

medium_latin_america.gifIl arrive rarement - peut être à chaque demi-siècle environ - qu'une idée politique frappe si fort qu'elle force les gens à s'asseoir et écouter. Le Marxisme a réussi à percer de cette manière au début du 20ème siècle et a survécu pratiquement jusqu'à la fin du siècle, échouant parce qu'elle ne pouvait fournir ce qu'elle avait promis. Le Nazisme a moins bien réussi car les prix qu'il promettait n'arrivèrent qu'avec la guerre et à un coût terrible aux autres pays. Une épitaphe similaire sera éventuellement écrite pour al-Qaeda.

Cependant, alors que le focus politique international s'est concentré sur le fondamentalisme islamiste en Irak, un nouveau système économique et politique a commencé à émerger en Amérique du Sud - un système qui pourrait remettre en question le modèle démocratique occidental.

Sous le slogan de "soulèvement pacifique", la Chine se "vend" à l'Afrique et à l'Amérique Latine en tant que modèle pour mettre fin à la pauvreté. Ses arguments de vente trouvent preneur auprès des gouvernements qui ont observé la Chine croître à un rythme effarant alors que leurs propres pays stagnaient. Ces mêmes pays se firent réprimander à maintes reprises par le Fonds Monétaire International et se firent traiter avec condescendance par les agences d'aide internationale. Les pauvres de la Chine d'il y a 20 ans sont maintenant en train d'acquérir des hypothèques sur leurs premières maisons alors qu'ailleurs, d'autres se battent afin d'acquérir une paire de souliers.


Il est inévitable que le débat s'intensifie à propos des mérites relatifs de la façon de faire chinoise. Mais la vraie question est comment les États-Unis vont réagir. La Chine peut bien revendiquer l'Asie de l'Est. L'Afrique a besoin de toutes les idées qu'elle peut obtenir. Cependant, le cas de l'Amérique Latine est différent. Aussi loin que 1823, lorsqu'une bande de pays d'Amérique Latine obtinrent leur indépendance de l'Espagne, James Monroe, le président de l'époque, a introduit une doctrine visant à décourager toute nouvelle colonisation de la région.

Dérivée de la peur que la France, la Russie ou l'Espagne s'allient pour reprendre les pays nouvellement indépendants, la doctrine Monroe déclara que les tentatives des nations européennes d'influencer le Nouveau Monde seraient considérées comme des menaces à la "paix et la sécurité" des États-Unis. Après que la menace européenne ait diminué, la doctrine Monroe demeura une pierre angulaire de la politique étrangère américaine. Lors de la Guerre Froide, elle fut implémentée de manière féroce contre l'influence soviétique sur Cuba, la Grenade, le Chili et le Nicaragua pour n'en nommer que quelques-uns uns.

Une génération plus tard, les électeurs d'Amérique Latine démontrent une tendance à élire des dirigeants de gauche, typiquement opposés aux États-Unis - de Hugo Chavez au Venezuela à Luiz Inacio Lula da Silva au Brésil. Le prochain test sera au Pérou où Ollanta Humala, un commandant de l'armée à la retraite, briguera le poste de président lors des élections.

Pour certains législateurs et politiciens américains, la combinaison de sociétés pauvres, mouvements de gauche et un géant communiste sont suffisants pour désirer dépoussiérer la doctrine Monroe afin de réduire l'influence de la Chine. "Nous devrions toujours regarder l'Amérique Latine avec la perspective de la doctrine Monroe" déclare Dan Burton, président du sous-comité sur l'hémisphère ouest à la Chambre des représentants. "Nous sommes préoccupés: Chavez, Castro, Ortega, Morales en Bolivie et leurs connexions avec la Chine communiste. Nous devons faire attention à tout cela".

Si l'Amérique Latine ne devient pas le prochain champ de bataille entre une Amérique insécure et une Chine de plus en plus confiante, le spectre d'une nouvelle guerre froide se lève. Déjà, auprès de certains représentants américains, l'économie galopante de la Chine, une monnaie sous-évaluée, l'absorption d'emplois manufacturiers américains et l'augmentation des volumes d'investissements à l'étranger ont été pointés du doigt comme un plan secret visant à conquérir le monde. La réalité de ce que la Chine vise à obtenir est encore obscure. Près de la moitié des investissements directs de la Chine sont faits en Amérique Latine, et Beijing a promis d'atteindre $100 milliards dans les prochaines cinq années. Des projets conjoints ont été signés sur la production d'acier, les transports, l'énergie et les échanges militaires.

Rien de tout ceci ne devrait préoccuper les États-Unis, à moins qu'on ne prenne en compte les divergences entre les États-Unis et la Chine sur comment gouverner les sociétés. Aux États-Unis, c'est par l'intermédiaire d'élections; En Chine, c'est en réduisant la pauvreté.

Les deux gouvernements devront augmenter le nombre d'opportunités pour le dialogue. L'an prochain pourrait être trop tard. De son côté, les États-Unis devraient montrer clairement à la Chine la ligne qu'elle ne doit pas traverser en Amérique Latine si elle veut éviter la résurrection de la doctrine Monroe. Il est probable que ceci se règlera dans l'arène militaire. Du côté de la Chine, elle doit éviter les comparaisons avec l'Union Soviétique de la Guerre Froide.

Les deux gouvernements doivent réduire le ton des voix nationalistes à domicile. Ils devraient se mettre d'accord, même en privé, que ce qui est maintenant appelé le "Modèle Chinois" a déjà été utilisé par les États-Unis pour créer des économies florissantes à Taiwan et en Corée du Sud, ainsi qu'au Chili en Amérique du sud - des institutions durables bâties sous des régimes dictatoriaux. Si les choses deviennent hors-contrôle et qu'une nouvelle guerre froide survient, il y aura un problème. La Chine est un des plus grands détenteurs de dette américaine, et les magasins américains dépendent de produits chinois. Le concept de "Destruction mutuelle assurée" devrait être dépoussiéré - mais il parlera d'un holocauste économique plutôt que nucléaire.

Source: financialtimes.com - 5 Avr. 2006 (Lien)
Source de l'image: lib.utexas.edu

02:50 Publié dans Économie , Militaire , Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Information et relations internationales

Commentaires

Article très intéressant. J'avoue que la poussée de la Chine en Amérique latine m'avait échappé jusqu'ici.

Ecrit par : Zylag | 18 avril 2006

Cela m'étonne que vous tiriez une d'une mappemonde anglaise.

Ecrit par : EnQleur Francais | 01 mai 2006

Cher Raphaël,
Le Marxisme a réussi à percer, mais pas pour les raisons dont tu parles, à mon avis. Les raisons sont très complexes. Il faut aussi dire que les systèmes totalitairs marxistes on provoqué la mort d'autant de gens que les totalitarismes du signe nazi.
D'ailleurs, qu'est-ce que tu penses de la mort de Galbraith et J.F. Revel?
Juan Castelao

Ecrit par : Juan | 01 mai 2006

Cher Juan,
Je crois que le Marxisme en tant que tel est probablement une utopie puisqu'il assume une responsabilité personnelle qui n'est pas réellement réelle. En conséquence, le fait que les gens n'aient pas pris leur place de citoyens proactifs dans leurs sociétés respectives a mené à l'accumulation du pouvoir et la formation de régimes totalitaires.
Le Marxisme perce probablement parce qu'il promet une vie meilleure à la majorité de la population, alors que les autres systèmes politiques sont plus honnêtes et s'adressent directement aux élites. L'Islam utilise la même stratégie en Afrique en ce moment; ils aident les gens à installer des écoles, hôpitaux et autres services sociaux, mais l'agenda caché est l'instauration d'un régime politique religieux par la suite. Ça ressemble à une forme de néo-colonialisme.

John Kenneth Galbraith était un visionnaire économique, tout comme Noam Chomsky est un visionnaire politique. Ils ont tous les deux dit les choses exactement comme ils les voyaient, et il semble que ces deux hommes voyaient beaucoup plus de choses que leurs pairs.
M. Galbraith m'a fait sourire puisqu'il a critiqué CHAQUE pilier de l'économie moderne: le libre marché, l'offre et la demande, la compétition, la privatisation des moyens de production, etc. Il a critiqué l'attitude colonialiste des pays riches envers les pays pauvres, et je crois que c'est exactement ce qui se produit.
Je crois que s'il y avait plus de gens tels que lui, les "sciences économiques" auraient un peu plus de crédibilité et seraient plus critiques de l'ordre établi.

Raphael

Ecrit par : Raphael | 03 mai 2006

Ecrire un commentaire