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17 avril 2006
Le retour des pluies acides
Le problème des pluies acides, dont on parle de moins en moins, menace pas moins de 75 % de l'est du Canada. Les niveaux d'acidité dépassent même la capacité d'absorption des sols sur 21 % du territoire, révèle une série de documents inédits d'Environnement Canada obtenue par Le Devoir.
Deux nouvelles menaces
Deux nouvelles menaces ont fait leur apparition, selon les analyses des chercheurs d'Environnement Canada.
Le nord du Québec est aux prises avec de nouvelles sources d'acidité : les émissions des raffineries de pétrole et des sables bitumineux de l'Ouest et les émissions des nouveaux centres de production pétrolière et gazière des Maritimes. Ces émissions sont refoulées dans des régions aussi éloignées que la Baie-James par des courants atmosphériques provenant de l'Atlantique. Puisque la couche de matière organique des sols nordiques est mince ceux-ci n'ont qu'un faible «pouvoir tampon» pour neutraliser les pluies acides.
L'Ouest canadien, épargné par le fléau acide dans les années 80, est désormais aux prises avec ce problème. Le raffinage du pétrole en Alberta et en Saskatchewan, surtout celui des sables bitumineux, ajoute des suies et des vapeurs acides à celles de l'importante fonderie de Falconbridge à Flin-Flon, dans le nord du Manitoba. Les cartes fédérales indiquent que le nord-ouest de ces provinces fait l'objet d'une acidification croissante. Et une immense portion du Manitoba, près des rives de la baie James, affiche déjà un excès très net d'acidité, ce qui porte à croire que le Québec -- situé dans la trajectoire des vents dominants -- pourrait recevoir une partie non négligeable de cette pollution. Selon l'analyse d'Environnement Canada, la situation «deviendra de plus en plus préoccupante pour l'Ouest canadien car ce qui apparaissait autrefois comme un problème pour l'est du continent menace désormais l'ouest. D'importantes augmentations des émissions d'oxyde de soufre et des oxydes d'azote sont prévues du côté de l'extraction des sables bitumineux dans le nord de l'Alberta et des navires qui opèrent le long des côtes de la Colombie-Britannique».
Le Québec reçoit les dépôts de tout le monde
La moitié des dépôts acides qui affectent les villes et les écosystèmes québécois proviennent de l'Ontario et du Midwest américain. Ces pourcentages, établis par les dernières études fédérales de 1997, pourraient cependant changer avec l'entrée en scène de nouvelles sources d'émissions en provenance de l'Ouest et des Maritimes. Pour l'instant, Québec n'arrive pas à cerner l'importance de ces apports car son réseau de collecte de données n'est pas suffisamment développé dans le nord. Québec songe à installer un poste d'échantillonnage dans la région de LG-4 du côté québécois mais, à 400 kilomètres de la côte de la baie James, cet unique station pourrait donner une idée bien imprécise, voire sous-évaluer les apports de l'ouest, a précisé au Devoir un chercheur au fait du dossier.
Selon ce bilan fédéral inédit, «en raison de sa population particulièrement dense, les dépôts acides menacent de façon significative la santé humaine dans les zones urbaines du Québec». La réduction généralisée de la vitalité biologique des sols risque de provoquer «un déclin des écosystèmes forestiers qui, à leur tour, vont affecter les plantes et la vie sauvage qui dépendent des forêts, ainsi que les cours d'eau. Dans la portion plus au nord du Québec, que domine la forêt, la fabrication du sirop d'érable ainsi que l'industrie forestière sont menacées. La réduction prévue de la productivité des écosystèmes aquatiques va affecter la biodiversité, l'intégrité de l'environnement dont dépend la santé publique ainsi que l'industrie touristique».
Les chercheurs estiment que les dépôts acides, même après 25 ans de réductions soutenues en raison des accords canado-américains de 1991, font perdre chaque année un demi-million de mètres cubes de bois aux forêts de la région atlantique. Il s'agit d'une perte de plusieurs centaines de millions de dollars. Les populations de poissons sont aussi durement touchées dans les lacs qui s'acidifient sans cesse. La perte est jugée substantielle pour l'industrie de la pêche sportive, qui contribuait à hauteur de 1,9 milliard à l'économie canadienne en 1996. Autre cas éloquent : la corrosion des lignes électriques réduit leur vie utile de 50 %, une perte de plusieurs dizaines de millions par année.
Les dépôts acides frappent plusieurs écosystèmes naturels comme les lacs, les rivières, les sols et les forêts, tout comme ils grugent les édifices et les monuments publics et menacent à plusieurs égards la santé humaine. Selon Environnement Canada, une réduction additionnelle de 50 % des émissions d'oxyde de soufre dans l'est éviterait chaque année 550 mortalités prématurées, 1520 interventions d'urgence à domicile et 210 000 journées de crises d'asthme, un coût économique susceptible d'atteindre les cinq milliards de dollars par année.
Les principales sources d'émissions acides sont l'extraction minière de métaux non ferreux, le raffinage des métaux, la production d'électricité dans les centrales thermiques au charbon ou au pétrole ainsi que la production et la distribution du pétrole et du gaz naturel. Dans l'est du Canada, les principales sources d'émissions acides se concentrent dans le corridor Windsor-Québec, dans la partie centre-sud du Nouveau-Brunswick, dans le centre-est de la Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve. Dans l'ouest du pays, l'Alberta, le Manitoba et la Saskatchewan abritent désormais d'importantes sources d'émissions alors que plusieurs foyers d'émissions ont aussi été relevés sur les côtes de la Colombie-Britannique.
C'est dans les années 60 et 70 que le problème des «pluies acides», comme on l'appelait alors, a été découvert et est devenu un enjeu international. Après des années d'affrontement entre le gouvernement Trudeau et les États-Unis, qui refusaient alors de reconnaître la réalité de la menace acide, le courant de sympathie qui s'était établi entre le premier ministre conservateur Brian Mulroney et le président républicain Ronald Reagan avait permis d'en arriver à l'accord de Québec, signé en 1991. Cette entente engageait les deux pays à réduire leurs émissions.
Selon cette étude fédérale, il faudrait réduire de 75 % les niveaux d'émissions acides actuels dans les deux pays pour ramener les émissions sous le seuil critique. Reste à savoir si Stephen Harper saura convaincre George W. Bush de ramener les émissions américaines sous les seuils au-delà desquels les lacs, les rivières, les forêts et les sols agricoles perdent chaque jour un peu plus de leur vitalité.
Source: Le Devoir, SRC et Environnement Canada
Note:
Les visées anti-kyoto et pro-pétrole du gouvernement Harper l'amèneront-ils à minimiser ce nouveau rapport?
23:55 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : actualité
Commentaires
On peut mettre de la pluie acide dans les bateries de voitures? C'est pas moins cher que d'acherter de l'acide dans le commerce? :-)
Ecrit par : papillon | 20 avril 2006
tres beau travail
Ecrit par : suzannne | 17 janvier 2007
tres beau travail
Ecrit par : suzannne | 17 janvier 2007
hiiiiii vous avez pas raport gagne de ... :D hihihi!!
Ecrit par : pathou | 28 septembre 2007
bonjour,
je fais un TPE sur les pluies acides et je cherche des tableaux, diagrammes, graphiques actuelles sur les pluies acides. Savez- vous où on peut en trouver?
Mon mail: cornelie6@hotmail.com
merci
Ecrit par : durrleman | 12 novembre 2007
cetarticle est très interessant...J'aimerais avoir plus de rensignements sur les pluies acides, avoir des tableaux, des sites sur lesquels on pourrait avoir aussi des renseignements fiables. serait-ce possible ?
didjujep@hotmail.com
merci beaucoup
Ecrit par : judith | 27 novembre 2007
vous pouvez trouver des schéma, tableau et informations sur le site de la voie verte qui est très instructif.
Ecrit par : sophie | 06 avril 2008


