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19 avril 2006
Changements climatiques: les scientifiques pressent Harper d'agir
Un groupe de 90 scientifiques et experts canadiens de renom sonne l'alarme et presse le premier ministre Stephen Harper d'agir rapidement pour établir une stratégie sur le réchauffement de la planète. Durant ce temps, le plan du gouvernement conservateur pour lutter contre les changements climatiques demeure toujours un mystère.
Cette prise de position de la part d'universitaires et de chercheurs de toutes les provinces canadiennes, d'instituts et de programmes de toutes sortes constitue une levée de boucliers sans précédent contre les plans du gouvernement Harper de sabrer les programmes de recherche et d'action contre les changements climatiques.
Dans une lettre envoyée au premier ministre, les scientifiques soulignent que les preuves ne sont plus à faire : la planète se réchauffe et des impacts se font déjà sentir.
«Nous vous incitons (...) à formuler une stratégie nationale efficace pour relever les nombreux défis climatiques importants qui toucheront aussi bien le Canada que le reste du monde, dans un proche avenir», peut-on lire dans la missive.
«Le Canada, écrivent les 90 signataires, a besoin d'une stratégie nationale sur les changements climatiques pour fournir au gouvernement les meilleurs avis possibles en vue de l'action. Il faut aussi poursuivre les investissements dans la recherche pour suivre le rythme et la nature des changements, comprendre ce qui arrive, affiner les prévisions sur les changements provoqués par les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine et analyser les fenêtres disponibles pour l'action ainsi que les menaces imputables à ces changements. De bonnes politiques exigent une science de haute qualité.»
Ce n'est pas la première fois que ce groupe de scientifiques tire la sonnette d'alarme et réclame des gestes concrets de la part du fédéral. En décembre 2005, ils avaient écrit au premier ministre de l'époque, Paul Martin, formulant des conseils similaires.
Cependant, cette prise de position de la part d'universitaires et de chercheurs de toutes les provinces canadiennes, d'instituts et de programmes de toutes sortes constitue une levée de boucliers sans précédent contre les plans du gouvernement Harper de sabrer les programmes de recherche et d'action contre les changements climatiques.
Cette exceptionnelle brochette de scientifiques, dont treize du Québec, affirme souscrire à l'évaluation des changements climatiques réalisée en 2001 par le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), rattaché à l'ONU. Ce bilan a d'ailleurs été entériné l'an dernier par la Société royale du Canada et les académies des sciences nationales des pays du G8 ainsi que par les académies de la Chine, de l'Inde et du Brésil. Répliquant aux sceptiques et aux négationnistes, les signataires réaffirment que les changements climatiques en cours sont d'origine humaine et que les impacts du mégaphénomène sont plus intenses dans l'Arctique canadien, où le climat s'est réchauffé de deux degrés centigrades, soit plus de deux fois la hausse moyenne de 0,6 °C notée à l'échelle planétaire.
La science, affirment les chercheurs, confirme que le climat se modifie, au Canada comme ailleurs dans le monde. Les changements en cours affectent de façon «de plus en plus marquée» les écosystèmes naturels du Canada et l'activité économique. La «nécessité d'intervenir et d'élaborer une stratégie d'adaptation» s'impose chaque jour davantage, ce qui devrait inciter le Canada à «se doter d'une stratégie nationale sur les changements climatiques et à continuer d'investir dans la recherche pour surveiller le rythme et la nature des changements».
Sont-ils plus inquiets maintenant, avec un gouvernement conservateur à la tête du pays ?
«Inquiets et anxieux», lance l'océanographe Louis Fortier, de la Chaire de recherche du Canada en écosystèmes marins arctiques et changement climatique de l'Université Laval.
«À notre avis, on ne se préparait pas assez sous l'ancien gouvernement (libéral), et là l'inquiétude qu'on a, et on partage l'inquiétude des groupes environnementalistes, c'est qu'on ne sait pas où le gouvernement (conservateur) se dirige», ajoute M. Fortier.
Kyoto
Avant l'élection des conservateurs, le Canada était un leader pour ses "intentions" de réduire les émissions de gaz à effet de serre. La clé de la lutte était son implication pour la ratification et la mise en oeuvre du protocole de Kyoto.
Le protocole de Kyoto est entré en vigueur le 16 février 2005, plus de sept ans après son adoption. Entre 2008 et 2012, les 37 pays les plus industrialisés qui y ont adhéré doivent collectivement réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5 % par rapport à leurs émissions de 1990. La contribution du Canada a été fixée à 6 % d'ici 2010.
C'est la ratification du protocole par la Russie, en novembre 2004, qui a permis de réunir les conditions nécessaires à son entrée en vigueur 90 jours plus tard: ratification par 55 pays représentant 55 % des émissions totales de GES en 1990. Aujourd'hui, le protocole compte 141 pays adhérents.
Parmi les signataires du protocole, seuls l'Australie, la Croatie, les États-Unis, le Kazakhstan, Monaco et la Zambie ne l'ont pas ratifié.
Il existe déjà des disparités importantes entre les pays adhérents quant à l'atteinte de leurs objectifs de réduction de GES. Ainsi, entre 1999 et 2001, les 15 pays de l'Union européenne ont réduit leurs émissions annuelles de GES par rapport au niveau de 1990, alors que celles du Canada sont aujourd'hui 20 % plus élevées qu'en 1990.
Signataires
Parmi les principaux signataires québécois, on retrouve notamment, de l'Université Laval, Louis Fortier, directeur du projet Arctic Net, qui analyse les impacts des changements sur les écosystèmes de cette région; André Roy, de l'Université de Montréal, qui préside l'Association canadienne des géographes; Daniel Caya, du centre Ouranos; et le professeur René Laprise, de l'UQAM, principal enquêteur du Réseau canadien de modélisation sur les changements climatiques.
Les 90 chercheurs canadiens rappellent au premier ministre Harper, qui s'apprêterait à sortir les changements climatiques des priorités budgétaires du gouvernement fédéral, que la planète est présentement plus chaude qu'à n'importe quelle autre période du dernier millénaire. Et les recherches démontrent, insistent-ils, que c'est au Canada, dans la vallée du Mackenzie, qu'on retrouve les hausses les plus rapides et les plus fortes jamais enregistrées. Le couvert de glace de l'Arctique canadien, ajoutent-ils, a perdu 30 % de sa surface historique en 30 ans et on s'achemine vers une disparition presque complète au milieu du présent siècle. Le niveau des mers a de son côté augmenté de 10 à 20 cm dans le dernier siècle, et on note désormais des signes de réchauffement des mers jusqu'à des profondeurs atteignant 700 mètres, un phénomène qui prendra des siècles avant de s'inverser.
Source: Le Devoir, PC, SRC, Environnement Canada et Wikipedia.
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