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24 avril 2006
Dossier pétrole: La Fin de l'ère pétrolière (NYTimes) [Partie 3]
Lorsque le président Bush a déclaré dans son discours sur l'État de l'Union que l'Amérique devait se débarasser de sa "dépendance au pétrole", il a présenté des arguments principalement sur le terrain de la sécurité nationale. Cette stratégie de sécurité nationale reposerait sur le besoin de se libérer de sa dépendance envers des régions du monde volatiles pour son approvisionnement énergétique. Il a oublié de mentionner deux autres bonnes raisons pour redevenir sobre. Les deux sont au moins aussi pressantes que la sécurité nationale.
L'une d'entre elle est le changement climatique. Ceci n'est pas un point qui semble préoccupper M. Bush. Mais il n'y a plus de doute auprès de la communaité scientifique que la terre se réchauffe, et que l'augmentation de la température atmosphérique a déjà endommagé certains écosystèmes fragiles, et que notre seul moyen de défense contre des conséquences encore plus graves est d'utiliser moins de combustibles fossiles - ce qui signifie, entre autres, utiliser moins de pétrole.
La deuxième raison est tout aussi déconcertante, alors qu'elle ne commence qu'à reçevoir l'attention qu'elle mérite. L'âge du pétrole - plus de 100 ans de croissance économique époustouflante rendue possible par la disponibilité de pétrole à bas prix - pourrait être en train de se terminer sans qu'on ne l'ait réalisé.
Le pétrole est une ressource limitée. À un certain point, les vastes réservoirs d'Arabie Saoudite s'assècheront. Mais avant que ceci ne survienne, il viendra un jour où la production plafonnera ("peaker"), et que la demande dépassera l'offre, résultant en une grosse, potentiellement catastrophique augmentation de prix qui pourrait nous faire réaliser que le pétrole à $60 le baril n'était qu'une poignée de monnaie. Ceci pourrait survenir à moins que nous ne commencions à développer des alternatives au pétrole. Ou bien vivre de manière plus frugale. Ou les deux. Le concept de peak oil n'a pas reçu beaucoup d'attention jusqu'à tout récemment. Mais les gens commencent à en parler. Le concept a du mérite - particulièrement parce qu'il est très probablement correct.
I. Pic Pétrolier (Peak Oil)
En jargon pétrolier, "peak oil" fait référence au point auquel un certain réservoir pétrolier atteint sa production maximale, après quoi sa production déclinera peu importe le nombre de nouveaux puits qui seront forés. Comme l'a déclaré Robert L. Hirsch au Congrès américain en décembre 2005, la vie utile de champs pétrolifères se compte en décennies. Le pic pétrolier du champ survient généralement 10 ans après sa découverte, ou le moment où le réservoir est à moitié plein. Un champ pétrolifère peut avoir d'énormes réserves estimées, mais un dès qu'il a atteint son pic, il a également atteint un point de non-retour, peu importe la quantité de technologie que l'on utilisera. Ce qui arrive aux champs pétrolifères individuels est également réflété à l'échelle globale, parce que la production mondiale est par définition la somme de toutes les productions locales.
À quel moment est-ce que la production atteindra un pic? Au moins un géologue réputé affirme qu'il aurait déjà "peaké". D'autres affirmes que le phénomène arrivera dans 10 ans. Certains d'entre eux affirment que le pic n'arrivera jamais. Les dernières projections officieles de l'Energy Information Administration (É-U) placent le pic en 2037 ou 2047 - dépendemment de la quantité de pétrole présente et du rythme auquel nous décidons de l'utiliser. Mais même les dates les plus éloignées ne nous donnent pas beaucoup de temps pour nous ajuster à un monde sans pétrole abondant et à bas prix.
II. Hubbertiens vs Cornucopiens
Commençons avec les vrais pessimistes, qui sont reconnus sous le nom de Hubbertiens en hommage au géophysicien de la compagnie Shell, M. King Hubbert. Dans les années 1950, M. Hubbert aurait colligé une montagne d'informations sur les découvertes de nouveaux champs pétroliers et sur la production. Avec ces informations, il aurait développé des formules mathématiques simples et aurait produit une courbe en forme de cloche (comme la courbe normale) montrant qu'au rythme auquel le pétrole était extrait des puits de pétrole américains, la produciton maximale atteindrait un pic autour de 1970 et commencerait à décliner. Malgré le fait qu'il ait été ridiculisé par le monde pétrolier pendant des années, il avait raison, et la production pétrolière américaine plafonna à environ 9 millions de barils par jour en 1970, et est maintenant à moins de 6 millions de barils par jour. Sa méthodologie simple mais efficace est encore utilisée à ce jour. De nombreux économistes et géologues ont depuis appliqué la technique de Hubbert à lr production pétrolière mondiale.
Parmis les plus divertissants des disciples de M. Hubbert est un autre employé de Shell, Kenneth S. Deffeyes, qui est maintenant un professeur émérite à l'université de Princeton. M. Deffeyes affirme que la quantité totale de pétrole qui est possible d'extraire à l'échelle mondiale se situe autour de 2 trillions de barils (2 000 milliards), dont la moitié aurait déjà été consommée. Armé de la courbe en cloche de M. Hubbert, et incorporant toutes sortes de nouvelles données, M. Deffeyes conclut que l'apocalypse n'est non seulement proche, mais est déjà survenue. "Je nomme la journée de l'action de grâce du 24 Novembre 2005 en tant que journée du pic pétrolier mondial". "Il y a une raison derrière le choix de la journée de l'action de grâce. Nous pouvons faire une pause et être reconnaissants pour les années entre 1901 et 2005 alors que le pétrole abondant et le gaz naturel alimentèrent des changements majeurs dans notre société. Au même moment, nous devons faire face à la réalité: la production mondiale de pétrole commencera à décliner, lentement au début, plus de plus en plus rapidement".
D'autres analystes - que M. Deffeyes traite de "cornucopiens" - peignent un portrait beaucoup plus rose. La direction de ce groupe comprend 40 personnes - le nombre de géologues et physiciens que le U.S. Geological Survey a assigné à la tâche d'accomplur l'étude la plus exhaustive jamais conduite sur les ressources pétrolière à l'extérieur des États-Unis. L'étude fut conduite entre 1995 et 2000. Lorsqu'elle combina les résultats d'une étude précédente sur les ressources énergétiques américaines, elle suggéra que les réserves pétrolières mondiales étaient de 3 trillion de barils (3 000 milliards), et non pas 2 trillions comme l'avait supposé M. Hubbert et ses disciples. Elle suggéra également que la quantité pétrole restant était deux fois plus élevée que celle prédite par M. Hubbert - 2.3 trillions de barils, constitués de 900 milliards de barils de réserves prouvées, 700 milliards de barils "d'augmentation des réserves" (barils additionnels qui pourraient être extraits à l'aide de technologie avancée) et 700 milliards de barils de "réserves à découvrir" - des réserves qui pourraient potentiellement exister selon les experts du USGS.
Ces chiffres, très spéculatifs sont beaucoup plus optimistes que tout ce que les Hubbertiens ont à offrir (par exemple, M. Deffeyes aurait mis le chiffre des "réserves à découvrir" à 100 millions de barils). Et bien sûr, ces chiffres officiens sont beaucoup plus roses et prédisent un pic pétrolier beaucoup plus tard - 2037 en assumant une augmentation de la demande mondiale de 2 % par année, et même plus tard si on pouvait découvrir un énorme champ pétrolifère quelque part. Aucune raison de vendre son véhicule utilitaire sport.
III. Conséquences
Il y a t-il des conséquences? Aucun des experts n'a montré le moindre intérêt à calculer le moment où la dernière goutte de pétrole sera extraite du sol. Mais cette date n'est pas importante. La date importante est le point auquel la demande dépassera l'offre.
Au cours des dernières années, le jeu entre l'offre et la demande, autrefois considérable (plus d'offre que de demande), s'est constamment rétréci, et maintenant est pratiquement en équilibre. Voir le prix du pétrole à $60 le baril en est peut-être la manifestation (ou à $75 lors de la rédaction de cet article). Une autre manifestation est le regard préoccuppé des gens qui s'occupent de la sécurité nationale. Au début de 2005, par exemple, la National Commission on Energy Policy et un autre groupe appellé Securing America's Future Energy (SAFE) auraient rassemblé un groupe de poids lours de Washington à un symposium s'appellant Oil ShockWave et leur auraient demandé d'imaginer ce qui pourrait causer une augmentation catastrophique des prix du pétrole et d'envoyer des ondes de choc à travers l'amérique et le monde occidental.
Ça ne prendrait pas grand chose - une attaque terroriste sur le port de Valdez en Alaska réduirait l'approvisionnement en pétrole mondial d'environ 900 000 barils par jour: une attaque sur les installations saoudiennes de Haradh 250 000 barils par jour. Imaginez un coup de froid à travers l'hémisphère Nord, faisant grimper la demande de 800 000 barils par jour, et en peu de temps vous vous retrouvez avec un manque à gagner de 3 milliards de barils par année - ou environ 4 pourcent de l'approvisionnement quotidien normal. Ceci pourrait être suffisant pour faire grimper le prix du baril de pétrole de $60 à $161 le baril. Le coût de l'essence à la pompe - en fait le coût de la majorité des produits dérivés de la pétrochimie - augmenteraient significativement. L'économie américaine glisserait en récession. Des millions de gens perdraient leur emploi. De manière plus globale, le mode de vie américain ("The american way of life") - des familles habitant en banlieue possédant deux voitures et voyageant continuellement entre le bureau, l'école et les centres d'achats - deviennent soudainement impossibles à soutenir. Mais les experts du peak oil affirment que nous n'avons pas besoin de terroristes pour que ceci arrive. Essentiellement, ce scénario se déroulerait maintenant, juste devant nos yeux, sans l'interférence d'attaques terroristes ou de coups de froids; simplement par les lois de l'offre et de la demande (...).
*** Suite de l'article dans la partie 4 de l'article ***
Source: NYTimes.com - 1 Mar. 2006 (Lien)
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