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24 avril 2006
Dossier pétrole: La Fin de l'ère pétrolière (NYTimes) [Partie 4]
Le rapport "International Energy Outlook" de 2005 produit par la Energy Information Administration américaine est intéressant sur ce point. Au cours des prochaines deux décennies, la consommation pétrolière est projetée d'augmenter de plus de 50 pourcent, d'environ 84 millions de barils par jour à environ 119 millions de barils en 2025. La consommation américaine, à elle seule, est projetée d'augmenter de 20 millions à 30 millions de barils par jour, le quart de la consommation mondiale. Mais les consommateurs les plus assoiffés du monde seront les géants asiatiques, particulièrement la Chine, qui devrait quadrupler le nombre de voiture sur ses routes dans les prochaines 20 années et dont les besoins pétroliers devraient augmenter d'un minimun de 3.5 pourcent par année, bien au-dessus de la moyenne mondiale. Est-ce que l'offre peut suivre? Est-ce que l'Arabie Saoudite peut nous fournir le pétrole dont nous avons besoin?
IV. Les mystérieux Saoudiens
Des projections conservatrices et un simple calcul nous révèlent que le monde aura besoin d'au moins 35 millions de barils par jour additionnels en 2025 que nous ne nécessitons maintenant. L'Energy Information Administration est très optimiste et affirme que ces barils peuvent être découverts. L'EIA dans son rapport projette une augmentation constante de la production de l'ex-URSS, de l'Afrique et des Caraïbes. Elle espère que l'industrie pétrolière irakienne survivra à la guerre et se consolidera. Le rapport ne mentionne même pas les menaces de chantage pétrolier par l'Iran. Et il ne semble voir aucune raison pour laquelle l'Arabie Saoudite ne pourrait pas continuer à pomper du pétrole en abondance. L'Arabie Saoudite possèderait plus de 260 milliards de barils de réserves prouvées, et constituerait environ le quart des réserves mondiales, deux fois plus que l'Iran et 10 fois les réserves américaines.
Les analystes à l'EIA et ailleurs assument que les Saoudiens seront capables de contribuer significativement à l'augmentation de 50 % de la production que le monde nécessitera pour produire les 35 millions de barils supplémentaires, augmentant la production de 10.5 millions de barils par jour à 12.5 millions en 2009 et 15 millions par après. Mais certains analystes doutent sérieusement que l'Arabie Saoutite puisse ouvrir les robinets encore plus grand, comme elle l'a toujours fait.
Matthew Simmons est un d'entre eux. En effet, M. Simmons n'est pas certain que l'Arabie Saoudite puisse faire quoi que ce soit. M. Simmons est un entrepreneur du Texas et expert pétrolier qui opère une compagnie de consultants, conseillant les compagnies énergétiques. Comme M. Deffeyes, il est vu comme un pessimistes. Son pessimisme serait nourri par des mois d'étude des données pétrolières de l'Arabie Saoudite qui l'auraient laissé profondément sceptique sur la capacité de l'Arabie Saoudite à augmenter sa production pétrolière. Son étude de l'énorme champ pétrolifère de Ghawar en Arabie Saoudite, qui a déjà produit un époustouflant 55 milliards de barils au cours du dernier demi-siècle, l'aurait laissé stupéfait. "Le crépuscule à Ghawar s'en vient rapidement" déclare t-il dans son nouveau livre "Twilight in the Desert: The Coming Saudi Oil Shock and the World Economy". "L'Arabie Saoudite semble clairement s'approcher de sa capacité pétrolière maximale". Ou comme il l'aurait déclaré à M. Maass: "Les chances que l'Arabie Saoudite arrive même à maintenir une production de 12.5 millions de barils par jour sont très faibles. Les chances que la production atteigne les 15 millions de barils pour 50 ans - il y a plus de chances que j'aie plus d'argent que Bill Gates".
Publiquement, les officiels Saoudiens et de nombreux experts américains se moquent de M. Simmons de la même manière que Washington se moque de M. Deffeyes. D'autres consultants de l'industrie, incluant l'auteur renommé Daniel Yergin, croient que M. Simmons et M. Deffeyes sont des "peakistes" et sont trop pessimistes. "Ce n'est pas la première fois que le monde manquera de pétrole" aurait rédigé M. Yergin l'an dernier. "Nous aurions manqué de pétrole cinq fois. Des cycles de pénuries et de surplus caractérisent l'histoire de l'industrie pétrolière". En privé, cependant, de nombreux Saoudiens influents partagent les doutes de M. Simons, et pour une bonne raison: L'atteinte des cibles de l'EIA exigera que l'Arabie Saoudite extraie de plus en plus de pétrole de champs pétrolifères ayant déjà passé leur belles années.
V. Et maintenant?
Il y a de nombreux économistes qui croient qu'un choc des prix du pétrole ne serait peut-être pas une mauvaise chose, tout comme l'augmentation des taxes sur l'essence ne seraient pas une mauvaise chose. Des augmentations de prix significatives pourraient nous forcer à économiser l'énergie comme jamais avant, et pourraient favoriser la vente de véhicules plus efficaces. Le prix plus élevé du pétrole pourrait rendre d'autres sources énergétiques plus attrayantes, incluant certaines formes de pétrole non-conventionnel. Ceci inclut le pétrole des sables bitumineux canadiens, où il y aurait un potentiel pour l'extraction de nombreux milliards de barils de pétrole. Exxon a déjà commencé à extraire le pétrole des sables bitumineux à grande échelle. Il y aurait également des milliards de barils de pétrole non-conventionnel dans les formations de shale de l'Ouest américain. Dans les années 1970, durant la folie des carburants synthétiques de Jimmy Carter, de nombreuses personnes auraient fait faillite avec le pétrole des shales. Le procédé requiert pratiquement de faire bouillir la roche. Atteindre les sables bitumineux ou les shales huileux requiert la mise en place d'opérations minières à grande échelle. Et malgré les milliards investis dans les sables bitumineux, le pétrole non-conventionnel ne deviendra pas disponible en grandes quantités avant de nombreuses années.
La même chose pourrait être dite des projets d'hydrogène que le président Bush a vanté depuis qu'il est entré en fonction; l'académie nationale des sciences déclare que nous ne verront pas de voitures alimentées à l'hydrogène avant 30 ans au mieux. Ceci ne signifie pas que nous ne devrions pas continuer à essayer - les générations futures ne nous pardonneront pas si nous ne le faisons pas. Ce que le défi signifie est que nous devons étudier les solutions à court et moyen terme qui pourraient nous aider à absorber le choc pétrolier qui surviendra lorsque nous atteindront le pic, assumant que nous ne l'ayons pas déjà atteint.
Nous ne manquons pas d'idées sur les choses à faire pour réduire notre demande énergétique. Dans les dernières deux années, il y a eu trois raports majeurs - remarquablement clairs. Il et intéressant d'observer leur convergence sur leurs stratégies à court terme - d'une Coalition sur le futur de l'énergie, consistant d'officiels des administrations Bush et Clinton; du Rocky Mountain Institute de Aspen, qui se préoccuppe d'efficacité énergétique; et de la National COmmission on Energy Policy, un groupe d'experts du milieu universitaire et du milieu des affaires. Les trois groupes demandent des standards d'efficacité énergétique plus sévères s'appliquant très bientôt. Les trois demandent également l'octroi de subventions et de garanties d'emprunt afin d'aider les manufacturiers automobiles à développer et à mettre en marché des voitures plus efficaces à grande échelle sans faire faillite. Les trois demandemnt également la mise sur pied d'un programme visant à développer des substituts à l'essence provenant de l'amidon et des sucres - connus sous le nom de carburants cellulosiques.
Ces stratégies aideraient à réduire la dépendance envers le pétrole et réduirait significativement les émissions de gaz à effet de serre, dont 40 pourcent viendrait des véhicules. Ceci ne menacerait pas la croissance économique, surtout si Washington aidait la transition de Détroit des véhicules utilitaire sport vers une nouvelle génération de voitures et camions. Des technologies déjà disponibles peuvent faire augmenter l'efficacité des véhicules, les faisant passer de 26 miles au gallon à près de 45 miles au gallon. Le Brésil a déjà des voitures roulant aux carburants cellulosiques. Ce dont ces groupes parlent - et ce qui les distinguent de l'approche passive de l'administration américaine - n'est pas l'investissement en plus de recherche, mais plutôt l'implantation d'idées déjà existantes sur le marché. Ceci nécessitera des investissements massifs et du vrai leadership, ce qui pourrait être l'ingrédient manquant en ce moment.
Il y a quelques années, David Goodstein, vice-recteur à la California Institute of Technology, aurait publié un petit livre nommé "Out of Gas: The End of the Age of Oil". Même s'il est profondément Hubbertien, il croit que nous avons le temps d'éviter le pire, mais seulement si nous cessons de nous faire des illusions. Il sait également que la nature humaine n'aime pas relever un défi qui semble revenir encore et encore, et il ne crois pas que nous agirons avant que la vague ne s'écrase sur nous. "Notre leadership actuel, sur la scène nationale et internationale hésite même à admettre qu'il y ait un problème" écrit t-il. "La crise surviendra, et elle sera souffrante. Le mieux que nous pouvons souhaiter est que lorsqu'elle arrivera, elle serve de cri d'alarme et qu'elle ne minera pas notre capacité d'agir. Nous devrons réellement prendre des pas de géant rapidement si nous voulons nous en sortir".
Source: NYTimes - 1er Mar. 2006 (Lien)
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