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11 mai 2006

Dossier pétrole: Est-ce que les experts pétroliers nous induisent en erreur? [Partie 12]

gaz-naturel
La figure ci-dessus présente la progression des prédictions de la production de gaz naturel en Amérique du Nord entre 2002 et 2006. La période de la prédiction est entre 2002 et 2030, avec une graduation à toutes les deux années (nous nous excusons pour la pauvre qualité du texte sur les abscisses).
Sur l'axe des Y, on a la production gazière en Tera cubic feet (Tera désigne 10^12). Les unités ne sont pas réellement importantes dans cette analyse spécifique.

Cette analyse a été conduite en étudiant les rapports de la Energy Information Agency qui est placée sous le département de l'énergie aux États-Unis. Chaque rapport, produit entre 2002 et 2006 a été étudié, et les données ont été extraites et placées sur le même graphe afin d'étudier la variation dans leur prédictions.

En 2002
En remarque qu'en 2002, les projections de croissance de la production gazière sont très optimistes, avec une forte croissance entre 2002 et 2020. La courbe trace pratiquement une droite et la production passerait de 23 Tcf à 33.5 Tcf, une augmentation de 45 % sur 18 ans, ce qui est très respectable.


La prédiction est troublante puisqu'elle suit exactement le taux d'augmentation de la consommation gazière en Amérique du Nord, soit environ 2 % par année [En fait, la production de 2020 extrapolée avec un taux d'augmentation de 2 % entre 2002 et 2020 est de 32.9 Tcf].

En 2003
La prédiction de 2002 semble avoir été incorrecte, alors l'EIA refait ses devoirs et arrive avec la courbe de 2003. On note que la courbe est encore quasi linéaire et passe de 23 Tcf à 32 Tcf en 2027. La courbe est encore droite, mais semble avoir une pente significativement plus faible que la courbe de 2002. Le taux de croissance calculé est donc maintenant de 1.4 %, significativement plus faible qu'en 2002. L'avenir semble quand même très linéaire et prévisible.

En 2004
Les prédictions de 2002 et de 2003 semblent être complètement fausses, puisque même la production de 2004 n'avait pas été prédite avec précision. Des questions se soulèvent auprès des analystes puisque la production semble avoir été constante entre 2002 et 2004. La courbe n'est plus droite et montre une sévère perturbation en 2017 qui, surprenamment, fait grimper la production gazière

En 2005
La prédiction de 2004 semble avoir été incorrecte, alors une correction est apportée. La courbe de 2004 est donc pratiquement conservée intégralement, mais subit une translation vers le bas. On remarque que la "perturbation" qui fait augmenter la production gazière est maintenant en 2015. De plus, la production subit maintenant un pic en 2018, et diminue par la suite à environ 23.5 Tcf. Nous sommes très loin des 32 Tcf prédits en 2002.
Il est intriguant de voir que les chiffres de production de 2004 n'ont même pas été conservés, et que la production diminue entre 2002 et 2004. On peut se demander si les analystes étudient les mêmes données à chaque année (ou s'ils se basent sur des données tout court).

En 2006
Au moins en 2006, la prédiction entre 2002 et 2004 est la même qu'en 2005, ce qui est un bon signe. Cependant, on remarque une TRÈS SÉVÈRE baisse de la production gazière entre 2002 et 2009. À partir de 2010, la production se remet à augmenter jusqu'en 2018 où elle atteint les mêmes niveaux que les niveaux enregistrés en 2002. La production atteint donc un pic en 2018 et se met à décliner tranquillement jusqu'en 2030 où elle n'est plus que de 22.5 Tcf.

Conclusion:

Vous pouvez tirer la conclusion que vous voulez de ces chiffres.
L'équipe d'Écho-Actu croit que certains analystes induisent volontairement en erreur leurs lecteurs (dans ce cas-ci, les entreprises et citoyens américains) sur l'état de la production gazière (dans ce cas-ci) et de la production pétrolière. Si ceci ne s'agit pas d'un effort délibéré, nous pouvons nous poser de sérieuses questions sur la validité de leurs prédictions, ainsi que leur leadership sur des dossiers aussi cruciaux que l'approvisionnement énergétique.

Ce qui est préoccupant, c'est que l'International Energy Agency (IEA) se base sur des études similaires pour faire ses prédictions sur l'approvisionnement énergétique. Étant donné que nos décideurs politiques s'abreuvent à cette source, on peut se demander s'ils ont la moindre idée de ce qui se passe réellement sur les dossiers énergétiques.

S'ils ont peu de connaissances de base, et qu'ils se fient aux analyses de l'IEA et de l'EIA, on peut comprendre pourquoi un bon nombre d'entre eux sont paralysés et ne savent plus à qui se fier en ce qui a trait à l'énergie.

Nous ne pouvons qu'espérer que certains d'entre nous aurons accès aux coulisses du pouvoir et que nous pourrons convaincre nos leaders d'agir maintenant afin de pousser notre approvisionnement énergétique vers des sources plus renouvelables, de réduire de manière significative notre consommation énergétique et d'investir dans des projets d'avenir comme des plans de réaménagement urbain, transport en commun efficace (comme un TGV trans-Canada), etc et de cesser de favoriser le développement urbain débridé et l'industrie de l'automobile.

L'ère de l'énergie à bas prix est terminée, et c'est même une pétrolière qui l'a déclaré. Des experts comme M. Campbell l'avaient même prédit en 1998, nous devrions accepter cette réalité et commencer à agir en conséquence maintenant.

Prédiction de l'auteur
Je crois personnellement que des protocoles qui s'attaquent à la fois aux gaz à effet de serre et à l'approvisionnement énergétique tels que le protocole de Rimini sont totalement la solution. Cependant, l'adoption d'un tel protocole signifie réduire notre consommation énergétique, et éventuellement réduire l'activité économique de tous les pays utilisant des combustibles fossiles. Une baisse de l'utilisation de combustibles fossiles mènerait directement à une baisse dans la production de gaz à effet de serre.

Ma prédiction:
-personne ne voudra signer le traité (enfin personne de puissant).
-La course aux réserves pétrolières va s'accentuer de manière significative
-Le charbon va reprendre le devant de la scène
-Des efforts de la part du lobby nucléaire prendront aussi le devant de la scène - ces derniers miseront sur l'apparente absence d'émissions de CO2 dans la production énergétique pour justifier les investissements massifs dans cette technologie
-Le prix de l'énergie augmentera de manière très significative dans les 10 prochaines années - le gaz naturel en Amérique du Nord (à moins que de nombreux terminaux d'importation de LNG ne soient construits rapidement), et le pétrole de manière plus lente.
-Kyoto sera abandonné puisqu'il n'inclut pas la Chine, l'Inde et les États-Unis, trois pays qui risquent de se jeter corps et âme dans le charbon.

Espérons que les événements me feront avoir tort.

Dossier pétrole:
Voir la section dossiers

01:50 Publié dans Dossier , Énergie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : actualité

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